Lors de la création des Nations Unies, en 1945, la lutte pour l’égalité entre les sexes était balbutiante. Seuls trente, des cinquante et un premiers Etats Membres de l’Organisation, accordaient aux femmes les mêmes droits de vote qu’aux hommes, ou les autorisaient à travailler dans l’administration publique. Néanmoins, les rédacteurs de la Charte des Nations Unies, prévoyants, firent délibérément mention de «l’égalité des droits entre les hommes et les femmes»,lorsqu’ils déclaraient la foi (des Nations Unies) en les droits de l’homme ainsi que la dignité et la valeur de la personne humaine. Aucun document légal international n’avait auparavant affirmé avec une telle vigueur l’égalité de tous les êtres humains, ou n’avait considéré la différence de sexe comme motif possible de discrimination. Il devint alors évident que les droits des femmes seraient au cœur des travaux futurs de l’Organisation.
Les cinq conférences mondiales sur les femmes organisées par les Nations Unies, en un quart de siècle, ont été le moyen de placer la question de l’égalité entre les sexes au cœur de l’agenda mondial. Elles ont permis de grouper la communauté internationale, autour d’un ensemble d’objectifs communs, assorti d’un plan d’action effectif pour la promotion générale des femmes dans toutes les sphères de la vie publique et privée.
Le sommet de Beijing
En 1995, du 4 au 15 septembre, des milliers d’hommes et de femmes se sont rassemblés à Beijing (Chine) pour la quatrième Conférence mondiale sur les femmes. Les participants ont examiné comment la vie des femmes a changé au cours de la dernière décennie et quelles nouvelles mesures prendre pour faire en sorte que les questions qui intéressent les femmes restent au premier plan des préoccupations de la communauté internationale.Cette Conférence a permis l'adoption, par tous les participants, d' un Programme d’action visant à créer des conditions qui permettront aux femmes de réaliser au maximum leur potentiel dès l’enfance, et de concrétiser tout ce qu’elles peuvent apporter à l’édification d’un monde meilleur pour tous.
Ce Programme d’action trace, entre autres, les lignes à suivre pour donner plus de pouvoir aux femmes. Il vise à accélérer l’application des stratégies prospectives de Nairobi pour la promotion de la femme (1985) et à éliminer tous les obstacles qui empêchent les femmes de jouer un rôle actif dans tous les domaines de la vie publique et privée en participant pleinement, et sur un pied d’égalité, à la prise de décisions dans les domaines économique, social, culturel et politique. Il repose, donc, sur le principe du partage des pouvoirs et des responsabilités entre hommes et femmes dans les foyers, sur les lieux de travail et, plus largement, au sein des communautés nationales et internationales.
Le Programme d’action est établi en pleine conformité avec les buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies et du droit international. Il est reconnu que l’élaboration et la mise en application de stratégies, politiques, programmes et initiatives dans tous les domaines visés relèvent de la responsabilité de chaque pays, agissant dans le strict respect des valeurs religieuses et éthiques, du patrimoine culturel et des convictions philosophiques de tous, et en concordance avec tous les droits universels de l’homme et des libertés fondamentales.
Le Programme d’action réaffirme le principe fondamental énoncé dans la Déclaration et le Programme d’action de Vienne adoptés par la Conférence mondiale sur les droits de l’homme en 1993, selon lequel les droits fondamentaux des femmes et des fillettes font inaliénablement, intégralement et indissociablement parties des droits universels de la personne.
L’égalité des femmes et des hommes relève des droits de l’homme et c’est une condition de justice sociale; c’est aussi un préalable essentiel au développement et à la paix. Pour relever les défis du XXIè siècle et parvenir à un développement durable au service de l'individu, il est indispensable de créer un nouveau partenariat, fondé sur l’égalité des femmes et des hommes.
La fin de la guerre froide a bouleversé le panorama international et atténué la rivalité entre les superpuissances. La menace de conflit armé à l’échelon planétaire a diminué, tandis que les relations internationales s’améliorent et que s’ouvrent de nouvelles perspectives de paix entre les nations. Malheureusement, les guerres d’agression, les conflits armés, les guerres civiles, le terrorisme et la violence extrémiste continuent à dévaster de nombreuses régions du monde. Et les femmes et les enfants en sont toujours les principales victimes : meurtres, tortures, viols et combien d'autres graves violations des droits fondamentaux de la femme.
Lors de la Conférence de Beijing, les gouvernements ont pris également pris des engagements pour s’assurer que la vie quotidienne des femmes soit plus explicitement visée par les processus de planification et de prise de décisions politiques. Les organisations non gouvernementales, pour leur part, ont adopté des méthodes de travail plus sophistiqués en faveur du renforcement des droits des femmes et de la parité dans le domaine de la prise de décisions à tous les niveaux.
L’Assemblée générale des Nations Unies a demandé à tous les Etats, au système des Nations Unies et aux autres organisations internationales, aux ONG et au secteur privé, de prendre des mesures pour appliquer les recommandations adoptées à Beijing. Les mécanismes qui ont été établis pour promouvoir le statut de la femme des politiques sur l’ensemble des institutions et programmes des Nations Unies ont été renforcés.
Au sein des Nations Unies, le Secrétaire général désigna un fonctionnaire de haut rang pour servir de conseiller spécial sur les questions sexospécifiques. L’organisation se vit également confier un rôle central, celui de superviser le programme.
L’Assemblée générale des Nations Unies s’est réunie, en session extraordinaire à New York du 5 au 9 juin 2000, pour examiner, 5 ans après, le Programme d’action de Beijing. Cette session extraordinaire a eu pour thème : Les femmes en l’an 2000 : égalité entre les sexes, développement et paix pour le XXIè siècle s’est concentrée sur des exemples de bonnes pratiques, d’actions positives, d’expériences acquises et de défis majeurs qui demeurent encore.
Il résulte que, certes, beaucoup de progrès ont été réalisés dans l’application des 12 domaines critiques identifiés dans le Programme d’action de Beijing. Néanmoins de nombreux obstacles restent encore à surmonter, notamment dans les domaines suivants :
1. Femmes et pauvreté :
Les inégalités des revenus, le chômage et la féminisation de la pauvreté, particulièrement les femmes rurales, contribuent à creuser l’écart entre les hommes et les femmes. Le lourd fardeau de la dette, les dépenses militaires et les faibles niveaux d’aide au développement sapent les efforts nationaux de développement.
2. Education et formation des femmes:
Les efforts en vue de mettre fin à l’illettrisme des femmes et améliorer l’accès des filles à tous les niveaux et à tous les types d’éducation ont été limités par : le manque de ressources, la persistance des préjugés et de la discrimination contre les femmes, et par les stéréotypes portant sur les activités des femmes qui persistent dans les écoles et les communautés.
3. Les femmes et la santé:
Les progrès ont été réduits faute d’une approche globale de la santé des femmes et des filles durant toute la durée de leur vie. La faiblesse des ressources humaines et financières, l’infrastructure et la fourniture de services demeurent inadéquates dans de nombreux pays en développement..
4. La violence à l’égard des femmes:
Une mauvaise compréhension des causes de la violence à l’égard des femmes et des données inadéquates sur les diverses formes de violence sapent les efforts accomplis. Les attitudes et les valeurs socioculturelles renforcent la position subordonnée des femmes dans la société.
5.Les femmes et les conflits armés:
L’absence de femmes à tous les niveaux de décisions relatives au maintien et à la construction de la paix , à la réconciliation et à la reconstruction après un conflit présente de sérieux obstacles. Les changements dans la natures des conflits, marqués par la prise de civils pour cible et l’intervention d’acteurs non gouvernementaux, ont eu des effets néfastes sur les femmes et les filles.
6. Les femmes et l’économie :
Les bénéfices de l’économie mondialisée croissante ont été mal répartis, ce qui a augmenté les disparités économiques, généré des environnements de travail peu sûr et la persistance de l’inégalité entre les sexes dans l’économie informelle et le secteur rural. Peu de pays ont pris des mesures légales pour favoriser l’accès des femmes à la propriété de la terre et des autres biens. L’échec à reconnaître que les femmes ont un rôle à la fois productif et reproductif fait peser de plus grandes responsabilités sur les femmes, ainsi q’une plus lourde charge de travail non rémunéré.
7. Les femmes, le pouvoir et le processus de prise de décision :
Un écart subsiste entre l’égalité de droit et de fait. Les rôles traditionnellement assignés aux femmes restreignent leurs choix dans l’éducation et leur carrière et les poussent à assumer des responsabilités domestiques.
8. Les mécanismes institutionnels pour la promotion de la femme :
Le manque de ressources humaines et financières reste le principal obstacle aux mécanismes nationaux, auquel s’ajoutent la mauvaise compréhension de l’égalité entre les sexes et de l’intégration des perspectives sexospécifiques, les stéréotypes dominants et les attitudes discriminatoires, les priorités conflictuelles des gouvernements et la liaison insuffisante avec la société civile.
9. Les femmes et les droits de la personne humaine:
Il existe encore des lois discriminatoires. En outre, le code pénal etle code de la famille ne sont pas encore complètement sensibilisés aux questions relatives aux sexes. De nombreux écarts entre les lois et les règlements perpétuent la discrimination et l’inégalité de droit et de fait.
10. Les femmes et les medias
Les femmes sont trop peu nombreuses à occuper des postes décisionnaires pour avoir une influence sur la politique des médias. Les images négatives de femmes, les représentations stéréotypées et la pornographie ont augmenté dans certains endroits et certains journalistes conservent des préjugés à l’encontre des femmes. Le secteur des technologies de l’information et de la communication est fondé sur des normes masculines.
11. Les femmes et l’environnement: La prise de conscience du public des questions environnementales et des bénéfices à retirer de l’égalité entre les sexes pour la promotion de l’environnement fait encore défaut. Les politiques et les programmes pour l’environnement ne tiennent pas toujours compte des questions de sexospécificité et ne rendent pas compte du rôle et des contributions des femmes à la durabilité de l’environnement.
12. Les filles:
Les attitudes traditionnelles discriminatoires à l’égard des femmes et des filles et une conscience inadéquate de la situation des filles, notamment du fait que les responsabilités domestiques les empêchent souvent de poursuivre leur éducation, contribuent à diminuer les opportunités qu’ont les filles de devenir autosuffisantes et indépendantes.
La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes
La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, adoptée en 1979 par l’Assemblée générale des Nations Unies est souvent présentée comme une déclaration internationale des droits des femmes. En un préambule et 30 articles, elle donne une définition de la discrimination à l’égard des femmes et établit un programme national d’action visant à mettre un terme à cette discrimination.
Selon la Convention, on entend par discrimination à l’égard des femmes « … toute distinction, exclusion ou restriction fondée sur le sexe qui a pour effet ou pour but de compromettre ou détruire la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice par les femmes, quel que soit leur état matrimonial, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme, des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social, culturel et civil ou dans tout autre domaine.
En reconnaissant la Convention, les Etats s’engagent à rendre une série de mesures pour mettre fin à toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Ces mesures consistent notamment à :
Inscrire dans leur système juridique le principe de l’égalité des hommes et les femmes, abroger toutes les lois discriminatoires et adopter des lois interdisant toute discrimination à l’égard des femmes ;
Etablir des tribunaux et d’autres institutions publiques pour garantir la protection effective des femmes contre la discrimination :
Assurer l’élimination de tous les actes de discrimination à l’égard des femmes commis par des personnes, des organisations ou des entreprises.
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martedì 23 ottobre 2007
Le plus vieux métier du monde


Prostituées et prostitution à travers les âges
L’expression « le plus vieux métier du monde » a peut-être un fondement historique. Depuis l’Antiquité, prostituée et prostitution sont une réalité sociale. Tour à tour tolérée ou réprimée, reconnue ou méprisée, cette activité a traversé les âges en s’exerçant sous diverses formes. Alors que le Parlement français vient de légiférer sur le sujet, Cliosoft vous propose de découvrir l’univers des « filles » et des maisons closes, depuis l’Athènes de Solon jusqu’au claque parisien des années folles, en passant par la chaleureuse maison Tellier de Maupassant et la prostituée sacrée de l’Inde.
Législation
La sexualité est-elle affaire privée quand elle concerne celles que l’on appelle parfois, de façon méprisante, des filles publiques ? De l’Antiquité à l’époque contemporaine, les hommes ont légiféré sur la prostitution, soit pour tolérer, soit pour réprimer, presque de façon cyclique. Le commerce de la chair étant aussi affaire de morale, l’Eglise a également pris position sur la question de la prostitution.
L’on attribue à Solon, l’un des pères de la démocratie athénienne, la première intervention législative dans le domaine de la prostitution. Lui serait ainsi due la création de bordels municipaux. Cette création correspond à une volonté de satisfaire les appétits sexuels de citoyens égarés sur des voies mauvaises si l’on se fie à la lettre des textes. Quels dangers menacent la cité ? Des agressions contre des jeunes filles honnêtes ou des flambées d’homosexualité ? Le législateur ne le dit pas. Quoi qu’il en soit, la création de ces maisons closes correspondrait à une œuvre de salubrité publique en des temps et des lieux où la morale ne réprouve pas les relations prénuptiales et la satisfaction des appétits charnels. Vis-à-vis de leurs pensionnaires ou des prostituées de rues, la loi en vigueur à Athènes, puis plus tard à Rome est plus discrète. Se fait jour une volonté de ne pas mélanger les genres, et ainsi de proscrire à celles qui font commerce de leurs charmes le port de vêtements réservés aux ménagères « honnêtes ». En ce qui concerne les jeunes gens, le législateur romain tente vers 226 d’interdire la prostitution des citoyens. Qui plus est, la société érige un rempart contre une ascension sociale de la prostituée. Il lui est en effet théoriquement interdit de convoler en justes noces avec un citoyen. Esclaves le plus souvent, les prostituées ne doivent pas changer de statut.
Les temps chrétiens apportent un regard nouveau sur le corps et la sexualité. La chasteté prend un sens, car le Christ enseigne que la chair est appelée à ressusciter de même que l’âme. C’est pourquoi, il ne faut pas laisser corrompre ce corps. L’Evangile donne une place particulière à la prostituée à travers la figure de Marie-Madeleine. L’exemple de cette sainte femme ouvre la voie de la repentance aux filles publiques, à qui l’Eglise ne trouve d’abord rien d’autre à dire que « va et ne pêche plus ». Saint Augustin, grand débauché avant sa conversion, et Père de l’Eglise, affirme quant à lui que les prostituées et la prostitution sont de moindres maux comparées aux désordres qu’engendrerait leur suppression. Sur le plan législatif, c’est un regard empreint de cette esprit de tolérance et de charité que porte l’empereur Justinien sur les prostituées dans le code qu’il fait publier vers 540. Sont sévèrement punis tous ceux qui tirent un profit quelconque de la prostitution : la mère maquerelle, personnage depuis longtemps présent dans la littérature romaine est passible de lourdes sanctions. En revanche, les filles sont épargnées par la loi. Justinien leur permet même de quitter plus facilement leur condition en abrogeant une loi qui empêchait les hommes libres de les prendre pour épouse. Parmi les motifs de cette bienveillance légale, il faut considérer que Théodora, la femme de Justinien, a été prostituée. C’est pour cela que l’on pourrait aussi parler de code Théodora, car l’impératrice est à la source des mesures bienveillantes aux filles de joie et dures aux proxénètes. A elle également est due l’ouverture d’une maison chargée d’accueillir les filles repenties.
Le code Justinien n’est pas appliqué dans les terres d’Occident gouvernées par des rois barbares qui édictent leur propres lois, dans lesquelles se mêlent les éléments coutumiers germaniques et le droit écrit de Rome. Dans les mentalités germaniques, L’acte de chair s’accompagne d’un mélange des sangs. C’est pourquoi l’adultère féminin est très sévèrement puni. Les femmes ne peuvent appartenir à tout le monde car la société est structurée très étroitement autour de parentèles, celle dans laquelle on naît, et quand on naît femme celle dans laquelle on est accueillie après son mariage. Les prostituées encourent donc de lourdes sanctions. Le bréviaire promulgué par le roi wisigoth Alaric les rend passibles d’une peine de 300 coups de fouet. Toutefois l’on ne sait pas grand-chose sur la prostitution au cours du Haut Moyen Age. La pratique germanique autorisant à avoir femme légitime, épouse de second rang et concubine laisse entrevoir l’existence de courtisanes, dont certaines arrivent jusque dans les coulisses du pouvoir. Le cas de Frédégonde est connu. Par ailleurs, le trafic de chair humaine a toujours cours : la reine Radegonde n’est autre qu’une ancienne esclave achetée par un maire du Palais. Avec une volonté moralisatrice, Charlemagne reprend dans un capitulaire des dispositions tout aussi sévères que celles d’Alaric : proxénètes et filles sont passibles du fouet. Qui plus est, les filles sont tondues, une pratique qui a un bel avenir devant elle. La coupe des cheveux est tout autant une mise au ban qu’une sorte de castration : la femme est privée de l’un des attributs qui fait son charme. Qui plus est, les récidivistes sont vendues comme esclaves. Il convient de souligner que les mesures ne sont guère appliquées et que quand bien même elles l’eurent été, elles n’auraient frappé que peu de femmes. La prostitution telle qu’elle a été connue dans les maisons closes et dans les rues d’Athènes ou de Rome est probablement en décadence aux temps carolingiens. Elle est en effet un phénomène urbain, alors que les villes se dépeuplent entre les Ve et Xe siècles.
A la sévérité de la loi civile répond la bienveillance de l’Eglise. L’esprit de charité se retrouve dans le pénitentiaire publié aux alentours de l’an 1000 par l’évêque Burchard de Worms. Les sanctions sont lourdes pour les incestueux et les adultères. Les uns et les autres remettent en effet en cause l’ordre social et les fondements du mariage. Par contre, l’évêque se montre plus clément avec les jeunes célibataires qui empruntent des chemins extérieurs à ceux de la chasteté en compagnie de jeunes filles libres de tout engagement. Il est ainsi possible d’avancer que si l’Eglise ne va pas jusqu’à encourager la prostitution, le statu quo de tolérance est préservé, selon les prescriptions de Saint Augustin.
Saint Louis tente deux siècles et demi plus tard de prohiber la prostitution, qui tend à se développer en milieu urbain. L’édit qu’il fait promulguer en 1254 se veut l’arme propre à purger Paris du vice et de la luxure : en vertu de ce texte, aucune forme de prostitution n’est plus tolérée. En pratique, les volontés du monarques sont inapplicables car la pureté des sujets n’est pas à la hauteur de celle de leur souverain. Deux ans plus tard, le pieux roi est contraint de faire machine arrière et de rétablir un statu quo sur la base de la tolérance, tandis que le commerce des charmes féminins va en s’institutionnalisant. Craignant, comme au temps de Solon, de Périclès ou de César, que l’âge tardif du mariage soit la source de nombreux désordres, les bonnes villes poussent à la création de bordels municipaux, qui viennent compléter l’offre des établissements privés. Cette évolution se fait en parallèle d’un changement dans la perception du corps humain. A partir du XIIe siècle, les autorités ecclésiastiques admettent que le corps n’est pas que funeste à l’épanouissement de l’homme. De manière induite, cette reconnaissance conduit à l’acceptation du plaisir charnel. Les manuels de confesseurs sont pleins d’indulgence pour les jeunes gens qui ont eu recours aux services d’une prostituée. Le regard sur la prostituée est également en train d’évoluer. Des décrétales pontificales appellent à la charité en ce qui les concerne tandis que se développe le culte de Marie-Madeleine. Dans le même esprit, elles deviennent à partir du XIVe siècle pleinement sujet du roi de France. Auparavant, sans être considérées comme des criminelles, elles vivaient en dehors de la loi, qui ne pouvait donc leur assurer sa protection. Que ce soit en France ou en Europe, les interventions du législateur portent désormais moins sur l’exercice de la prostitution que sur la manière et les lieux de cet exercice. Ainsi, les filles qui peuplent les bordels municipaux doivent prêter serment de ne pas accorder leurs faveurs à des hommes mariés. Les tenanciers de ces établissements ont eux aussi des obligations : ils ne doivent pas employer d’enfants. Par ailleurs, le pouvoir s’efforce de limiter l’implantation des maisons ou de les cantonner dans des quartiers déterminés de même que l’on interdit aux filles publiques le port de certains vêtements ou l’usage de certaines coiffures. Il faut avant tout qu’elles soient aisément reconnaissables : elles sont frappées d’une sorte de marquage moral.
Les temps modernes s’ouvrent sur la vague moralisatrice qui accompagne les réformes religieuses. Catholiques comme protestants combattent aussi sur le plan de la morale privée et dans chaque camp certains ne manquent pas de fustiger l’inconduite de ses coreligionnaires ou de ses adversaires. C’est pour ces raisons que les prostituées perdent la considération sociale et légale qui leur a été accordée dans les derniers siècles du Moyen Age. Rejetées hors la loi, elles sont également mises au ban de la chrétienté par le pape Pie V, qui leur ôte le droit à une sépulture chrétienne. Le XVIIe siècle français est quant à lui marqué par une tentative d’exclusion du corps social. Cette politique, dite du « grand renfermement » vise tous les indésirables : mendiants et vagabonds, ribauds et filles de joie sont expédiés dans les différentes maisons qui composent l’Hôpital général. Les filles sont ainsi envoyées à la Salpetrière après avoir été marquées au fer rouge d’une fleur de lys sur l’épaule, de même que l’on fait avec les voleurs. Une telle pratique ne peut que faire penser au marquage du bétail. Une autre forme d’exclusion qui frappe les prostituées est la déportation. Dans les années 1670-1685 nombre d’entre elles sont envoyées dans les nouveaux mondes français, c’est-à-dire au Canada et en Louisiane, qui souffrent d’un sous-peuplement chronique par rapport aux treize colonies britanniques. Il est singulier de constater que la métropole envoie de telles génitrices aux hommes qui se sont installés sur cette terre lointaine. Les gouverneurs de ces provinces ne manquent d’ailleurs pas de s’en indigner auprès de Versailles. Les rafles ne sont toutefois qu’à moitié efficaces. La prostituée ne disparaît pas de Paris, ni de l’arrière des régiments, ni même des couloirs de Versailles. Les unes sont pensionnaires, demi-pensionnaires ou externes dans des maisons où s’organisent des parties galantes, les autres exercent leurs talents dans le quartier du Palais Royal, pour les plus belles et les plus jeunes, dans des auberges, voire sur les terrains vagues des faubourgs pour les autres. Le grand renfermement n’a pas pour autant tué un regard de charité sur la fille de joie. A Paris, le lieutenant de Police La Reynie fait preuve d’une bien plus grande humanité que les textes royaux. Cette bienveillance est charité de la part des membres des œuvres pieuses qui tentent de faire sortir de cet état les filles qui veulent le quitter. Sans apporter de modification sur le plan législatif, le XVIIIe siècle permet à la prostituée d’être mieux tolérée que du temps du roi soleil. Le contexte est différent, les mœurs sont ouvertement plus relâchées. Toutefois, les filles demeurent toujours des hors-la-loi, susceptibles d’être arrêtées à tout moment. Une modification de leur statut intervient lors de la Révolution française : dans un premier temps un élan vertueux et puritain vient les frapper. Par la suite le Directoire élabore une législation qui va rester en vigueur jusqu’en 1946 : celle de la maison close.
M. Benoist
Les prostitués de l’Antiquité
Le statut des prostitués
Attestée par l’historien grec Hérodote au Ve siècle av JC, la prostitution sacrée était, à l’origine, liée aux cultes de la fécondité : prêtresses et prêtres devaient s’accoupler pour provoquer la fertilité des terres. Mais, très vite, la pratique évolue. Les offrandes aux dieux sont remplacées par le paiement des personnes et, aux alentours des sanctuaires, se développe une prostitution profane.
Cette forme de prostitution, loin de l’argument sacré, est liée à l’esclavage. Les enfants abandonnés par leurs parents à la naissance ou enlevés par des pirates qui les revendaient sur les marchés des villes méditerranéennes constituent la marchandise habituelle des proxénètes. A leur côté, des femmes pauvres, des filles délaissées, des veuves, grossissent les rangs de ce commerce réglementé. Les prostitués ont le statut d’objets possédés par un maître qui, selon les règles générales de l’esclavage, avait un droit absolu de disposer de leur corps.
La loi de Solon
La prostitution, sous sa forme vénale, apparaît au VIe siècle avant JC en Grèce. La commercialisation des corps se développe à un point tel, que Solon (640-558 av. J.-C) décide l’ouverture des premières maisons closes.
Ces maisons d'État, les dictérions, sont organisées rationnellement. Dans chacune d'elles, une équipe d'employés surveille la bonne marche de la maison. Les bénéfices vont à l'État : les établissements sont tenus d'acquitter une taxe, le pornikotelos.
Plusieurs “ classes ” de prostituées, toutes plus ou moins frappées d'infamie, répondent au découpage hiérarchique de la société. Au bas de l'échelle, on trouve les dictériades qui, outre le port de vêtements distinctifs, se voient imposer l'interdiction de sortir avant le coucher du soleil et de quitter la ville sans autorisation. Viennent ensuite les aulétrides et, au sommet de l'échelle, les hétaïres, véritables courtisanes, fréquentées par les privilégiés et les gens au pouvoir. Parmi les hétaïres célèbres, citons Phryné, Laïs de Corinthe, ou encore Aspasie - devenue plus tard la femme de l'illustre Périclès …
Toutes ces mesures sont justifiées par la nécessité d'éviter les désordres et de protéger la vertu des “ femmes honnêtes ”. De plus, le système s'avère particulièrement profitable aux finances de l'État. Il est maintes fois repris... Tout comme l'idée d'une prostitution nécessaire au maintien de l'ordre dans la Cité.
Il existe aussi des bordels masculins, non pas pour le délassement des femmes, mais pour celui des hommes. Les relations homosexuelles n’encourent aucun interdit, mais le fait de tenir le rôle de la femme était condamné.
La meretrix de Rome
Alors que les Grecs avaient trouvé pour désigner leurs prostituées le terme élégant d’hétaïres, signifiant “ compagnes ”, les Romains donnent aux leurs le nom trivial de meretrix, “ celle qui tire de l’argent de son corps ”. Le principal grief qu’ils ont contre les courtisanes et les proxénètes est leur avidité insatiable, leur cupidité envers la fortune des citoyens. La meretrix est le personnage principal des comédies de Plaute et de Terence représentées au IIe siècle av JC.
La plupart de ces femmes sont la propriété d’un leno, à la fois maître d’esclaves et proxénète. Mais il y a aussi parmi les meretrices des affranchies et même des femmes libres. A Rome, l’exemple le plus fameux de grande dame accusée de se prostituer serait Messaline, l’épouse de l’empereur Claude, morte en 48. Le satiriste Juvénal en donne une description sordide d’une extraordinaire violence, l’appelant la Pute impériale : “ Dès qu’elle sentait son mari endormi, préférant sans vergogne une couchette à son lit d’apparat, la Pute Impériale s’encapuchonnait et s’évanouissait dans la nuit, sans autre compagnie qu’une servante. Camouflant ses cheveux noirs sous une perruque blonde, elle gagnait un bordel moite aux rideaux rapiécés où un box lui était affecté, elle s’y exhibait nue, les seins pris dans une résille d’or, sous son pseudonyme affiché, “ Lycisca ”, et proposait la matrice qui t’a porté, noble Britannicus ! ”. La prostitution pouvait alors incarner les séductions de l’amour libre et la tentation d’une grande liberté sexuelle. Mais la réalité était plus sordide …
Les lieux de la débauche
A Rome, la hiérarchie des prostituées s’inscrit dans la topographie urbaine. Deux quartiers, parmi les plus misérables, sont le théâtre des activités de la prostituée : Subure au nord du Forum et la région du Grand-Cirque au sud de ce même forum.
Dans les ruelles étroites et malodorantes, sous les voûtes de bâtiments publics, dans d’étroites loges ouvertes sur la rue, chacun peut voir les prostituées. Ces loges ont été révélées dans les fouilles de Pompéi : elles comportent un lit maçonné dans le fond, qu’un simple rideau suffit à fermer lorsque le client est là. Les irrégulières vieillies cherchent refuge dans les rues obscures du Trastévère, le refuge traditionnel des hors-la-loi, le long de la via scraba ou de la via Appia.
Le terme de lupanar se rapporte, quant à lui, à la louve (lupa), que les Anciens assimilaient à l’obscénité, à la mauvaise odeur et à la rapacité. Que cette étymologie soit fantaisiste ou pas, la prostituée resta pour les Romains la “ louve ” guettant sa proie dans son antre, le “ lupanar ”.
V. Gimar
La prostitution cultuelle en Inde
Les dévadâsis, quelques dates
Les prostituées sacrées sont attestées massivement en Inde à partir du VIème siècle après J.-C. Elles font partie du personnel liturgique responsable du culte et s’appellent les dévadâsis, c’est-à-dire “ servantes ” (dâsi) du dieu (déva). Le choix du terme indique qu’elles appartiennent à la divinité, car le mot dâsi signifie également esclave.
A certaines époques, le nombre de dévadâsis semble avoir été considérable. Le temple de Somanatha hébergeait 350 dévadâsis au moment de sa destruction par le conquérant turco-mongol Mahmûd de Ghazni, en l'an 1026. Le voyageur chinois Chao-Ju-Kua rapporte, en 1226, que le Gujarat comportait 4000 temples avec 20 000 dévadâsis. Leur existence est également rapportée par le récit de Marco Polo.
Lorsque les Anglais eurent achevé la conquête de l’Inde, une de leurs premières mesures fut d’interdire l’exercice de la prostitution sacrée, au moins dans les provinces qu’ils administraient directement. La première loi anti-prostitution sacrée est passée à Madras en 1947.
Le rôle des dévadâsis
La fonction des dévadâsis consiste à servir le maître invisible comme le font, à la cour des princes, les courtisanes : elles dansent, chantent, font de la musique et, à l’occasion, assouvissent les désirs de leur seigneur. Car la tradition en Inde veut que l’on attende des artistes des services sexuels. Il convient en effet que le spectateur connaisse une jouissance parfaite, c’est-à-dire concernant tous les sens : la vue grâce à la danse, l’ouïe grâce au chant et à la musique, le désir charnel enfin grâce aux talents érotiques de la dâsî.
Dans la pratique, les dévadâsis étaient avant tout des artistes chargées de danser et de chanter devant l’image du dieu lors des fêtes votives ou lorsque des fidèles commanditaient des cérémonies particulières pour des motifs privés. Leurs revenus étaient déposés sur l’autel avant de tomber dans les caisses du trésor du temple.
Les relations sexuelles auxquelles elles se prêtaient étaient également considérées comme un rite sacré de fécondité, qui devait servir à augmenter la fécondité des gens, des animaux et de la terre.
La caste des dévadâsis
Les dévadâsis forment une caste très particulière. Normalement, les castes en Inde constituent une fédération de familles de type patriarcal. Or les dévadâsis ne peuvent avoir de mari puisqu’elles sont vouées dès l’enfance au service du dieu. C’est ce dernier qui est leur véritable époux, mais un époux invisible qui, par la force des choses, fait de la courtisane à la fois un être “ sacré ” et une “ femme sans homme ”. Les dévadâsis étaient donc la seule caste à être fondée sur le matriarcat le plus strict. Les filles (toutes de père inconnu) étaient élevées pour devenir des courtisanes semblables à leurs mères : apprentissage de la musique, de la danse, du chant et des pratiques érotiques. Les garçons, pour leur part, étaient voués à des tâches subalternes : travaux de force, entretien du jardin, cuisine.
V. Gimaray
La prostitution sacrée
L’enquête d’Hérodote
Au Ve siècle avant J.-C, Hérodote rapporte une étrange coutume faisant état d’activités sexuelles, vénales ou non, pratiquées dans le cadre d’un culte et d’un sanctuaire. Il écrit :
“ La plus honteuse des lois de Babylone est celle qui oblige toutes les femmes du pays à se rendre une fois dans leur vie au temple d'Aphrodite pour s'y livrer à un inconnu. (...)
Les femmes sont assises dans l'enceinte sacrée d'Aphrodite, la tête ceinte d'une corde, toujours nombreuses, car si les unes se retirent, il en vient d'autres.
Quelle que soit la somme offerte, continue Hérodote, la femme ne refuse jamais: elle n'en a pas le droit et cet argent est sacré. Elle suit le premier qui lui jette de l'argent et ne peut repousser personne. Les plus belles sont donc vite libérées et peuvent retourner chez elles, mais il en est qui restent dans le temple pendant trois ou quatre ans, sans pouvoir satisfaire à cette obligation. ”
Dans l’ancienne Mésopotamie, les qadishtu étaient considérées comme les servantes d’Ishtar et se tenaient à la disposition de tous les adorateurs de la Déesse, moyennant rétribution.
A Corinthe, au temple d’Aphrodite Pandemos, les adeptes de la déesse venaient choisir une jeune femme instruite par les prêtres et les prêtresses. Le rite commençait par un bain, puis l’homme et la prostituée sacrée rendaient hommage à Aphrodite.
Hérodote nous signale des coutumes analogues en quelques endroits de l'île de Chypre.
Ces prostituées recevaient une excellente éducation, tout comme les prostituées sacrées d’Inde (les dévadâsis) ou les geishas du Japon. Savoir tenir compagnie était un art, poussé à l’extrême dans le plaisir sexuel. L’homme devait connaître une jouissance parfaite, concernant tous les sens : la vue grâce à la danse, l’ouïe grâce au chant et à la musique, le désir charnel enfin grâce aux talents érotiques.
Un rite sexuel
Quel sens faut-il donner à la prostitution sacrée? Pour certains, il s’agirait d'un acte de consécration de la virginité à la divinité. Mais peut-être faut-il y voir un acte de défloration rituelle, pratiqué dans la plupart des sociétés primitives où la virginité était considérée avec mépris. Rappelons également qu’en Lydie, à Carthage ou à Chypre, les jeunes filles avaient, en vertu de l'usage établi, le droit de se prostituer pour gagner leur dot. On rapporte de Chéops, roi d'Egypte, qu'il tira de la prostitution de sa fille l'argent nécessaire à la construction d'une pyramide.
On sait par les hymnes qui nous sont parvenus que le roi de Babylone, au Nouvel An, s'unissait avec la grande prêtresse d'Ishtar, déesse de l’Amour, par un hieros gamos (mariage sacré). Il s’agit de relations sexuelles sacrées, où la grande prêtresse représentait Ishtar, et le roi, agissant en tant que grand prêtre, Tammuz. C'était un rite de fécondité qui devait garantir le renouvellement des énergies dans la nature et dans l'Etat, à l'aube de la nouvelle année.
Selon une autre interprétation, Ishtar possédait une force magique garantissant l'ordre du monde, qu'elle transmettait au roi lors de l’accouplement sacré. Il s'agissait donc pour le roi de recueillir la force qui fonde sa royauté.
L’esclavage sexuel
L'hospitalité sexuelle était sacrée dans beaucoup de peuples de l'Antiquité : Egypte, Syrie, Phénicie, Chypre ; la coutume existait encore il n’y a pas si longtemps chez les Esquimaux.
Le Temple d'Alexandrie comportait 1 400 cellules de prostituées sacrées à l'usage des fidèles et des étrangers. Certaines familles en Mésopotamie donnaient leur fille en échange de leur nourriture et de leur éducation. En Phénicie, la loi stipulait que toutes les femmes étaient communes à tous les hommes et qu'il ne devait y avoir aucune distinction ni de pères, ni d'enfants. Cette idée de “ collectivisation de la femme ” est ancienne, mais tenace. Elle figure dans les programmes de nombreuses utopies.
Mais il se peut aussi que ces prostituées n’aient rien eu de sacré. Il se peut qu’Hérodote ait mal interprété la coutume du rachat d’oblates, c’est-à-dire d’esclaves offertes au temple par des particuliers.
De même, on a longtemps considéré comme des prostituées sacrées celles que l’on nomme “ hiérodules ”. Mais les hiérodules sont des esclaves sacrés, hommes ou femmes liés au temple, parfois même de simples paysans cultivant les terres des dieux.
Femmes et hommes prostitués sont d’abord des esclaves, achetés sur des marchés d’esclaves. Ce sont aussi des femmes pauvres, des filles délaissées par leur famille, des épouses abandonnées ou des veuves.
V. Gimaray
Les marques de l’exclusion
Le mal nécessaire
Depuis l’Antiquité, la prostituée assume un rôle paradoxal : elle est tolérée, tout en étant marginalisée ; elle est un mal nécessaire qui préserve la famille en autorisant les jeunes gens à satisfaire leurs ardeurs, plutôt que de s’attaquer aux femmes mariées.
Mais tout mal nécessaire qu’elle soit, la prostituée est pointée du doigt. Elle doit montrer ce qu’elle n’est pas, ni une femme respectable, ni une mère de famille. L’existence des prostituées dans la cité n’est voulue par le législateur que pour donner du plaisir aux hommes honnêtes, les soins de la maison et la procréation des enfants étant réservés aux concubines et aux épouses légitimes.
Un code vestimentaire
Pour ne pas la confondre avec la femme respectable, la société impose à la fille de joie un code vestimentaire. Dans la Rome antique, les prostituées ont l’interdiction de porter la longue robe des matrones, épouses légitimes des citoyens ; elles s’enveloppent d’une toge brune et portent une perruque blonde. En Mésopotamie, le port du voile, qui s’impose à la femme honnête, lui est interdit. Celle qui sortirait voilée et qui serait reconnue risque 50 coups de bâton et la confiscation de ses vêtements. En akkadien, la prostituée se nomme ainsi “ celle dont les cheveux ondulent ” (kezertu).
Sous le Second Empire, l’extravagance des robes de la cocotte a suscité tout un vocabulaire repris au théâtre ou en littérature. La cocotte devient “ crevette ” en robe courte et voyante, “ sangsue ” lorsqu’elle est en noir et “ balayeuse ” lorsque la robe est traînante sans crinoline.
Mais derrière la saveur de ces qualificatifs se cachent les marques de l’exclusion. Rappelons seulement que pendant toute la période classique, l’Etat condamnait les filles de “ mauvaise vie ” en imprimant dans leurs chairs, au fouet ou au fer rouge, les marques de l’infamie. Sous Charlemagne, toute femme publique prise en flagrant délit de racolage était condamnée à être fouettée nue au milieu de tous, et celui qui l'hébergeait devait la porter sur ses épaules jusqu'au lieu du châtiment.
Le corps du péché
Au XIXe siècle, la vague hygiéniste fait de la prostituée un objet de peur. La vérole monterait de la rue, transmise par la prostituée. Elle détruirait le capital biologique des lignées bourgeoises. La putain syphilitique, souvent alcoolique, parfois tuberculeuse, est perçue comme victime de dégénérescence.
La comparaison entre la prostitution et l’ordure court tout au long du siècle. “ La prostituée est indispensable à la cité comme la poubelle à la famille ”, glose le docteur Saint-Paul. Le terme pute ou putain est d’ailleurs dérivé du latin putidus “ puant ”, “ pourri ”, “ corrompu ”.
A la fin de la Restauration, le docteur Parent-Duchâtelet mène en parallèle une enquête sur les filles publiques de Paris et sur les ordures. Il s’intéresse à la physiologie de l’excrétion urbaine, dans le but d’assurer le transit de l’ordure et de vaincre l’infection.
Pour ne pas perdre la trace de ces impures qui pourraient gangrener la bonne société, une prostitution officiellement reconnue et contrôlée est mise en place dans la première moitié du siècle. L’autre prostitution est qualifiée de clandestine ou d’insoumise.
Les “ filles à numéro ”
Les Romains se montrèrent très vigilants sur le contrôle des mœurs. Marcus, devant le désordre grandissant, instaura en 180 av. J.-C. la licencia stupri (“ permis de stupre ”), qui fit de la prostituée une esclave légale. Frappée d'indignité jusqu'à sa mort, celle-ci était condamnée à vivre au “ lupanar ”, où elle était fichée et placée sous la surveillance du lenon, qui encaissait les passes et versait une taxe à l'État. Ce système de mise en carte s'accompagnait d'une stigmatisation accrue de la prostituée, chargée d'opprobre, marquée de signes infamants, ouvertement insultée, communément traitée de “ dévorante ” ou de louve, d'où le nom “ lupanar ” donné au maisons de passe. Ce qui n'empêcha en rien la prostitution de prendre de l'ampleur et de s'étendre à la gent masculine. Dans la Rome impériale, chaque ville avait son “ lupanar ”, souvent mixte.
Ce système de mise en carte réapparaît en France au XIXe siècle. Pour Parent-Duchâtelet, les prostituées sont des marginales qui doivent être soigneusement mises à l’écart de la bonne société. A cette fin, il préconise des établissements spécialisés facilitant la surveillance des prostituées, les maisons closes, soumises à l’autorité administrative.
En 1849, l'inscription des filles d'amour sur le registre de la police des Mœurs est désormais obligatoire. Le contrôle de la prostituée par l’administration débute par “ l’inscription ” de la fille publique, qui devient dès lors fille “ soumise ”. Les prostituées travaillant au sein d’une maison close sont dénommées “ filles à numéro ”, et celles qui exercent isolément “ filles en carte ”.
Si la prostituée est tolérée, elle reste soigneusement mise à l’écart tout au long de son histoire, que ce soit au travers de son code vestimentaire et de signes distinctifs ou par le biais de la “ mise en carte ”.
V. Gimaray
La figure de la prostituée dans les arts
La licence érotique
Les pas résonnant sur les pavés antiques de la via Appia, la meretrix romaine épie, l’écume aux lèvres. Elle est comparée, par ses contemporains, à la louve lubrique, la lupa qui, tapie dans l’ombre, guette ses proies avec avidité. Revêtue d’une courte tunique, arborant une perruque blonde montée en soufflet, elle déambule sur sa triste estrade de représentation, le long des cimetières mal famés.
Certaines échappent à l’errance et sont emmurées dans des loges offertes au regard cupide, assises sur des tabourets hauts qui laissent s’échapper leurs jambes et s’entrouvrir leur intimité.
D’autres sont confinées au lupanar, avec la possibilité limitée de monter à l’étage pour rejoindre les chambres, simples cellules avec lit et traversin de maçonnerie que viennent égayer des fresques éducatives enseignant “ l’Art d’Aimer ” d’Ovide.
Le “ cheval d’Hector ” - ou les plaisirs d’Andromaque à faire d’Hector sa monture, côtoie le “ more canino ” (la levrette) - ou l’art du Parthe rapide de galoper à rebours. De telles illustrations érotiques ornaient également les demeures privées. Mais aux plus riches était épargnée la peur de se faire débusquer sur le trajet de la honte. Ils pouvaient jouir, en toute tranquillité, des plaisirs de la chair et du regard …
La vérité des corps
Point de plaisir inavoué pour Henri de Toulouse-Lautrec. Le bordel est sa seconde maison, les “ horizontales ”, ses mères. Manet peint la Nana d’Emile Zola, une nouvelle rousse venant s’ajouter au cortège des belles chevelues à la crinière flamboyante. Les cheveux représentent l’essence même de la féminité. Lachés, ils soulignent l’attitude débridée de la femme ensorceleuse. Maintenus en chignon, ils contraignent la féminité et signent l’identité de la bonne épouse.
Croquer les prostituées – Divine, Pépé la Panthère, ou Olympia -, saisir la richesse de leurs poses, privilégier la vérité des corps aux poses alambiquées, tel est le défi des artistes du XIXeme siècle, pour qui la licence sexuelle s’apparente à la pratique d’une peinture libérée des contraintes académiques.
Est-ce pour cette raison que Picasso choisit le sujet du bordel pour ses Demoiselles d’Avignon, véritable cassure dans l’histoire de l’art, marquant les débuts du cubisme ? Y aurait-t-il dans le thème de la prostitution matière à briser les conventions formelles ? L’érotisme serait-il synonyme de modernité, ouvrant sur la réflexion de Georges Bataille : “ Ce qui est en jeu dans l’érotisme, c’est toujours une dissolution des formes constituées ”.
Le malaise de la grande ville
Pour les artistes de l’entre-deux-guerres, la prostituée n’est pas la femme émancipée, “ en cheveux ”, du Second Empire. Elle est le symbole du malaise de la société, du refoulement de l’individu, de la perversion de la sensualité. Elle traîne aux bars ; sa trogne est déformée par le vice ; son corps est massif, grossier. Ne sont identifiables que ses parties intimes, sans quoi la prostituée pourrait être un travesti égaré.
La figure de la prostituée est un motif récurrent dans l’œuvre de Georg Grösz. Elle est indissociable de sa vision sur la métropole aliénante et déshumanisante, réflexion partagée par de nombreux artistes du Berlin de l’entre-deux-guerres. Le film “ l’Ange Bleu ” de Josef von Sternberg met ainsi en scène la chanteuse Lola-Lola, jouée par Marlène Dietrich, une séductrice manipulatrice entraînant la folie du professeur Rath.
Le malaise est si fort que le thème du meurtre sadique, incarné par Jack l’Eventreur qui venge et purifie “ virilement ” la société souillée par les prostituées, plane dans toutes ces productions. Le film "Loulou" de Pabst montre une belle fille capricieuse et insouciante, multipliant les conquêtes et finissant par sombrer dans la prostitution à Londres, où elle est assassinée par l’Eventreur.
V. Gimaray.
Trois hommes pendus en public pour le viol d'une femme en Iran

Trois hommes ont été pendus en public pour le viol d'une femme, dimanche à Saveh, au sud-ouest de la capitale iranienne Téhéran, rapporte l'agence de presse officielle Irna.
Selon Amnesty International, le nombre d'exécutions a doublé l'an dernier en Iran, passant à au moins 177. L'Union européenne et les ONG occidentales des droits de l'homme ont critiqué la série de pendaisons intervenues en Iran au mois de juillet.
La police a arrêté des dizaines de drogués, de trafiquants, de violeurs et de meurtriers cet été dans le cadre d'une opération de répression des crimes et des "comportements immoraux".
Au moins 34 personnes ont été exécutées depuis la mi-juillet, dont bon nombre en public, comme le 2 août avec la pendaison à Téhéran de deux hommes reconnus coupables du meurtre d'un magistrat qui avait jeté en prison des dissidents réformistes.
Avant les pendaisons du mois dernier, Amnesty avait fait état d'au moins 124 exécutions depuis le début de l'année. En se fondant sur ces chiffres, on en déduit que plus de 150 personnes ont été mises à mort depuis le 1er janvier en Iran.
IRAN : Les femmes victimes d’une justice lapidaire

15 aout 2004. Dans la rue principale de Neka, le corps d'Atafeh Rajabi balance, suspendu dans la chaleur de l'été perse, pendu à la grue d'un camion, sa potence. A ses pieds, Haji Reza est là qui a tenu en personne à passer la corde au coup de "l'insolente" qui, trois mois plus tôt, avait osé l'affronter dans son tribunal. Atafeh avait tout juste 16 ans. Trop pauvre pour payer un avocat, elle s'était retrouvée seule devant le juge qui l'accusait une sixième fois "d'actes incompatibles avec la chasteté". Jusque là, ses rapports sexuels répétés avec des époux infidèles lui avaient valu d'être fouétée et jetée en prison. Cette fois-ci, seule devant le tribunal, elle avait relevé la tête et rétorqué au juge qu'il ferait mieux de "punir l'auteur de l'acte sexuel plutôt que sa victime". Puis elle avait commencé à se dévêtir. Fou de rage, le juge Haji Reza fit tout pour que "l'impie" soit exécutée le plus vite. Le 15 aout, il prononce lui même l'ordre de mort qui enclenche le moteur de la grue...
Justice exemplaire
Chaque année des centaines d'hommes et de femmes sont exécutés en Iran. Leur nombre est impossible à déterminer avec précision; comme la Chine, la République islamique se refuse à communiquer des chiffres sur le sujet. Les observateurs s'attachent à recueillir les témoignages de pendaisons publiques et à éplucher la presse et les médias d'Etat qui rendent compte de ces exécutions "pour l'exemple". Dans son rapport 2004, Amnesty International estimait au moins à 108 le nombre de personnes exécutées. On peut sans grand risque d'erreur, multiplier ce chiffre par 2. Car le régime de Téhéran use de la peine de mort comme d'une arme de maintien social et de répression politique. Les images d'alignement de corps pendus au crochet des grues sont censées marquer les consciences et maintenir la morale.
"Défendre la pureté de la femme"
Les femmes font particulièrement les frais de l'idéologie patriarcale imposée par les successeurs du Shah. Selon un rapport publié par l'organisation "Women against execution in Iran", plus de 2000 femmes auraient été exécutées entre juin 1981 et octobre 1990. L'organisation disposerait d'une liste de 1428 noms parmi lesquelles figurent 187 mineurs dont une dizaine âgées de moins de 13 ans. Pour Azadeh Kian Thiebaut, spécialiste au CNRS de la société Iranienne, "Les femmes sont bien souvent plus lourdement punies car les juges estiment qu'en allant contre la loi, elles ternissent l'image de pureté de la femme musulmane". Face à l'adultère, la population féminine est particulièrement fragile. Si le mari peut invoquer le mariage temporaire, qui lui permet de contracter une relation "officielle" qui peut aller de quelques minutes à 99 ans avec n'importe quelle femme, l'épouse accusée d'adultère finira au mieux sous le fouet du juge, au pire au crochet d'une grue. Car en Iran, l'infidélité est un crime passible de la peine de mort.
Lapidées
Le 20 décembre 2004, les juges ont accordé un nouveau sursis à exécution à Hajieh Esmailvand. Condamnée mort pour une relation adultérine avec un garçon de 17 ans, la jeune fille avait vu en novembre 2004 sa condamnation à la pendaison "commuée" en lapidation. Elle devait être lapidée jusqu'à ce que mort s'ensuive le 21 décembre 2004. On est aujourd'hui sans nouvelle d'Hajieh. Parce qu’elle sanctionne principalement l’adultère, la lapidation touche particulièrement les femmes. Malgré un édit condamnant son usage et une vive critique de l'ex-président l'ayatollah Akbar Hashemi Rafsanjani, "cette pratique arriérée" de la mort par la pierre semble être encore en vigueur dans bon nombre de zones rurales du pays. Le condamné est enterré dans le sol jusqu'à la taille, pour les hommes, et jusqu'au dessus de la poitrine pour les femmes. Les pierres sont alors jetées par des fonctionnaires ou par la foule qui assiste à l'exécution.
Condamnées
D'après plusieurs sources concordantes, il y aurait actuellement dans les couloirs de la mort iraniens une quinzaine de femmes en attente de leur exécution. Treize d'entre elles ont pu être identifiées par Richard Clark. Cet ingénieur britannique observe depuis six ans la presse nationale et internationale pour recenser les cas de condamnations à mort, notamment en Iran. - Kobra Rahmanpour, 22 ans, condamnée pour le meurtre de sa mère. - Najmeh Vosouq-Razavi, étudiante en droit. - Hajiyeh Esma'eilvand, 30 ans, condamnée à la lapidation pour adultère. - Mandana Nikkhou. - Shahla Jahed, 28 ans, condamnée pour le meurtre de la femme de son amant. - Faeze A. - Fatemeh Haghighat-Pajou, 33 ans, condamnée pour l'assassinat de son époux qui lui avait enlevé sa fille. - Leyla Mafi, 18 ans, condamné pour atteinte à la morale. - Sara. - Zahra, condamnée pour meurtre. - Raheleh condamnée en 2004 pour meurtre et vol. - Tayyebeh. - Shahnaz, 35 ans. - Zhila Iazadi, agée de 13 ou 14 ans, condamnée à la lapidation pour inceste avec son frère de 15 ans dont elle serait enceinte.
« L’islam n’est pas hostile aux femmes »
Zhila Iazadi aurait cependant vu sa peine commuée en perpétuité après l'intervention de Shirin Ebadi, qui a porté l'affaire sur la scène internationale lors d'une tournée dans les pays scandinaves. L'avocate, prix Nobel de la paix 2003 mène son combat à l'international mais aussi auprès des femmes de Téhéran. Elle affronte les mollahs sur son terrain : le juridique. " Les femmes iraniennes sont terrorisées. Nous sommes confrontées à des lois discriminatoires ainsi qu'aux violences domestiques. Ces lois constituent le principal problème. Si elles étaient équitables, la violence diminuerait. C'est pourquoi nous accordons la priorité au combat contre les textes discriminatoires. " déclare la militante des droits de la femme au magazine AmnestyNytt . Pour Sherin Ebadi la femme a sa place dans l'Islam. Ce qu'elle dénonce avant tout, c'est l'interprétation patriarcale faite par les autorités iraniennes. " Nous nous efforçons de démontrer que l'Islam n'est pas hostile aux femmes. Nous vivons dans une culture patriarcale opposée aux femmes et dominée par une interprétation incorrecte de l'Islam. Vous savez, la plupart des hommes dénonceraient toute interprétation féministe, mais ce n'est pas important, nous devons poursuivre notre action même si cela nous met en danger. Nous devons relever le défi, je sais que ce ne sera pas facile, mais c'est notre tâche. ", confie-t-elle en décembre 2004 à Ina Tin, rédactrice en chef du magazine de la section néerlandaise d'Amnesty International. A l'approche des élections présidentielles de Juin 2005, le régime de Téhéran s'est encore durci. Le 14 février, Shirin Ebadi a vivement condamné l'attitude des autorités et accusé la justice iranienne de tout faire pour empêcher les avocats des Droits de l'Homme de défendre les prisonniers politiques. Quelques jours auparavant, la porte parole spéciale de l'ONU sur les violences à l'égard des femmes avait dénoncé la violence psychologique, sexuelle et physique dont est victime la population féminine. De retour d'une mission à Téhéran, la rapporteure Yakin Ertürk, a rappelé notamment le sort fait aux femmes victimes de viol : " En raison des règles existantes, si le viol ne peut être prouvé, une femme peut être punie pour relations illégitimes. En outre, une femme qui tue son violeur en état de légitime défense peut être condamnée à mort ". Au mois de janvier, le parlement européen prenait une nouvelle résolution par laquelle il condamnait "vigoureusement" l'exécution de "jeunes délinquants, de femmes enceintes et de personnes handicapées mentales et demandait "aux autorités iraniennes d'apporter la preuve qu'elles appliquent le moratoire annoncé sur la lapidation". Une de plus. Depuis le début de l'année, 5 femmes au moins ont été condamnées à mort sur le territoire persan.
Emmanuel Maistre
lunedì 22 ottobre 2007
Les Nations Unies et les droits des femmes
Lors de la création des Nations Unies, en 1945, la lutte pour l’égalité entre les sexes était balbutiante. Seuls trente, des cinquante et un premiers Etats Membres de l’Organisation, accordaient aux femmes les mêmes droits de vote qu’aux hommes, ou les autorisaient à travailler dans l’administration publique. Néanmoins, les rédacteurs de la Charte des Nations Unies, prévoyants, firent délibérément mention de «l’égalité des droits entre les hommes et les femmes»,lorsqu’ils déclaraient la foi (des Nations Unies) en les droits de l’homme ainsi que la dignité et la valeur de la personne humaine. Aucun document légal international n’avait auparavant affirmé avec une telle vigueur l’égalité de tous les êtres humains, ou n’avait considéré la différence de sexe comme motif possible de discrimination. Il devint alors évident que les droits des femmes seraient au cœur des travaux futurs de l’Organisation.
Les cinq conférences mondiales sur les femmes organisées par les Nations Unies, en un quart de siècle, ont été le moyen de placer la question de l’égalité entre les sexes au cœur de l’agenda mondial. Elles ont permis de grouper la communauté internationale, autour d’un ensemble d’objectifs communs, assorti d’un plan d’action effectif pour la promotion générale des femmes dans toutes les sphères de la vie publique et privée.
Le sommet de Beijing
En 1995, du 4 au 15 septembre, des milliers d’hommes et de femmes se sont rassemblés à Beijing (Chine) pour la quatrième Conférence mondiale sur les femmes. Les participants ont examiné comment la vie des femmes a changé au cours de la dernière décennie et quelles nouvelles mesures prendre pour faire en sorte que les questions qui intéressent les femmes restent au premier plan des préoccupations de la communauté internationale.Cette Conférence a permis l'adoption, par tous les participants, d' un Programme d’action visant à créer des conditions qui permettront aux femmes de réaliser au maximum leur potentiel dès l’enfance, et de concrétiser tout ce qu’elles peuvent apporter à l’édification d’un monde meilleur pour tous.
Ce Programme d’action trace, entre autres, les lignes à suivre pour donner plus de pouvoir aux femmes. Il vise à accélérer l’application des stratégies prospectives de Nairobi pour la promotion de la femme (1985) et à éliminer tous les obstacles qui empêchent les femmes de jouer un rôle actif dans tous les domaines de la vie publique et privée en participant pleinement, et sur un pied d’égalité, à la prise de décisions dans les domaines économique, social, culturel et politique. Il repose, donc, sur le principe du partage des pouvoirs et des responsabilités entre hommes et femmes dans les foyers, sur les lieux de travail et, plus largement, au sein des communautés nationales et internationales.
Le Programme d’action est établi en pleine conformité avec les buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies et du droit international. Il est reconnu que l’élaboration et la mise en application de stratégies, politiques, programmes et initiatives dans tous les domaines visés relèvent de la responsabilité de chaque pays, agissant dans le strict respect des valeurs religieuses et éthiques, du patrimoine culturel et des convictions philosophiques de tous, et en concordance avec tous les droits universels de l’homme et des libertés fondamentales.
Le Programme d’action réaffirme le principe fondamental énoncé dans la Déclaration et le Programme d’action de Vienne adoptés par la Conférence mondiale sur les droits de l’homme en 1993, selon lequel les droits fondamentaux des femmes et des fillettes font inaliénablement, intégralement et indissociablement parties des droits universels de la personne.
L’égalité des femmes et des hommes relève des droits de l’homme et c’est une condition de justice sociale; c’est aussi un préalable essentiel au développement et à la paix. Pour relever les défis du XXIè siècle et parvenir à un développement durable au service de l'individu, il est indispensable de créer un nouveau partenariat, fondé sur l’égalité des femmes et des hommes.
La fin de la guerre froide a bouleversé le panorama international et atténué la rivalité entre les superpuissances. La menace de conflit armé à l’échelon planétaire a diminué, tandis que les relations internationales s’améliorent et que s’ouvrent de nouvelles perspectives de paix entre les nations. Malheureusement, les guerres d’agression, les conflits armés, les guerres civiles, le terrorisme et la violence extrémiste continuent à dévaster de nombreuses régions du monde. Et les femmes et les enfants en sont toujours les principales victimes : meurtres, tortures, viols et combien d'autres graves violations des droits fondamentaux de la femme.
Lors de la Conférence de Beijing, les gouvernements ont pris également pris des engagements pour s’assurer que la vie quotidienne des femmes soit plus explicitement visée par les processus de planification et de prise de décisions politiques. Les organisations non gouvernementales, pour leur part, ont adopté des méthodes de travail plus sophistiqués en faveur du renforcement des droits des femmes et de la parité dans le domaine de la prise de décisions à tous les niveaux.
L’Assemblée générale des Nations Unies a demandé à tous les Etats, au système des Nations Unies et aux autres organisations internationales, aux ONG et au secteur privé, de prendre des mesures pour appliquer les recommandations adoptées à Beijing. Les mécanismes qui ont été établis pour promouvoir le statut de la femme des politiques sur l’ensemble des institutions et programmes des Nations Unies ont été renforcés.
Au sein des Nations Unies, le Secrétaire général désigna un fonctionnaire de haut rang pour servir de conseiller spécial sur les questions sexospécifiques. L’organisation se vit également confier un rôle central, celui de superviser le programme.
L’Assemblée générale des Nations Unies s’est réunie, en session extraordinaire à New York du 5 au 9 juin 2000, pour examiner, 5 ans après, le Programme d’action de Beijing. Cette session extraordinaire a eu pour thème : Les femmes en l’an 2000 : égalité entre les sexes, développement et paix pour le XXIè siècle s’est concentrée sur des exemples de bonnes pratiques, d’actions positives, d’expériences acquises et de défis majeurs qui demeurent encore.
Il résulte que, certes, beaucoup de progrès ont été réalisés dans l’application des 12 domaines critiques identifiés dans le Programme d’action de Beijing. Néanmoins de nombreux obstacles restent encore à surmonter, notamment dans les domaines suivants :
1. Femmes et pauvreté :
Les inégalités des revenus, le chômage et la féminisation de la pauvreté, particulièrement les femmes rurales, contribuent à creuser l’écart entre les hommes et les femmes. Le lourd fardeau de la dette, les dépenses militaires et les faibles niveaux d’aide au développement sapent les efforts nationaux de développement.
2. Education et formation des femmes :
Les efforts en vue de mettre fin à l’illettrisme des femmes et améliorer l’accès des filles à tous les niveaux et à tous les types d’éducation ont été limités par : le manque de ressources, la persistance des préjugés et de la discrimination contre les femmes, et par les stéréotypes portant sur les activités des femmes qui persistent dans les écoles et les communautés.
3. Les femmes et la santé :
Les progrès ont été réduits faute d’une approche globale de la santé des femmes et des filles durant toute la durée de leur vie. La faiblesse des ressources humaines et financières, l’infrastructure et la fourniture de services demeurent inadéquates dans de nombreux pays en développement..
4. La violence à l’égard des femmes :
Une mauvaise compréhension des causes de la violence à l’égard des femmes et des données inadéquates sur les diverses formes de violence sapent les efforts accomplis. Les attitudes et les valeurs socioculturelles renforcent la position subordonnée des femmes dans la société.
5. Les femmes et les conflits armés :
L’absence de femmes à tous les niveaux de décisions relatives au maintien et à la construction de la paix , à la réconciliation et à la reconstruction après un conflit présente de sérieux obstacles. Les changements dans la natures des conflits, marqués par la prise de civils pour cible et l’intervention d’acteurs non gouvernementaux, ont eu des effets néfastes sur les femmes et les filles.
6. Les femmes et l’économie :
Les bénéfices de l’économie mondialisée croissante ont été mal répartis, ce qui a augmenté les disparités économiques, généré des environnements de travail peu sûr et la persistance de l’inégalité entre les sexes dans l’économie informelle et le secteur rural. Peu de pays ont pris des mesures légales pour favoriser l’accès des femmes à la propriété de la terre et des autres biens. L’échec à reconnaître que les femmes ont un rôle à la fois productif et reproductif fait peser de plus grandes responsabilités sur les femmes, ainsi q’une plus lourde charge de travail non rémunéré.
7. Les femmes, le pouvoir et le processus de prise de décision :
Un écart subsiste entre l’égalité de droit et de fait. Les rôles traditionnellement assignés aux femmes restreignent leurs choix dans l’éducation et leur carrière et les poussent à assumer des responsabilités domestiques.
8. Les mécanismes institutionnels pour la promotion de la femme :
Le manque de ressources humaines et financières reste le principal obstacle aux mécanismes nationaux, auquel s’ajoutent la mauvaise compréhension de l’égalité entre les sexes et de l’intégration des perspectives sexospécifiques, les stéréotypes dominants et les attitudes discriminatoires, les priorités conflictuelles des gouvernements et la liaison insuffisante avec la société civile.
9. Les femmes et les droits de la personne humaine :
Il existe encore des lois discriminatoires. En outre, le code pénal etle code de la famille ne sont pas encore complètement sensibilisés aux questions relatives aux sexes. De nombreux écarts entre les lois et les règlements perpétuent la discrimination et l’inégalité de droit et de fait.
10. Les femmes et les medias
Les femmes sont trop peu nombreuses à occuper des postes décisionnaires pour avoir une influence sur la politique des médias. Les images négatives de femmes, les représentations stéréotypées et la pornographie ont augmenté dans certains endroits et certains journalistes conservent des préjugés à l’encontre des femmes. Le secteur des technologies de l’information et de la communication est fondé sur des normes masculines.
11. Les femmes et l’environnement :La prise de conscience du public des questions environnementales et des bénéfices à retirer de l’égalité entre les sexes pour la promotion de l’environnement fait encore défaut. Les politiques et les programmes pour l’environnement ne tiennent pas toujours compte des questions de sexospécificité et ne rendent pas compte du rôle et des contributions des femmes à la durabilité de l’environnement.
12. Les filles :
Les attitudes traditionnelles discriminatoires à l’égard des femmes et des filles et une conscience inadéquate de la situation des filles, notamment du fait que les responsabilités domestiques les empêchent souvent de poursuivre leur éducation, contribuent à diminuer les opportunités qu’ont les filles de devenir autosuffisantes et indépendantes.
La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes
La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, adoptée en 1979 par l’Assemblée générale des Nations Unies est souvent présentée comme une déclaration internationale des droits des femmes. En un préambule et 30 articles, elle donne une définition de la discrimination à l’égard des femmes et établit un programme national d’action visant à mettre un terme à cette discrimination.
Selon la Convention, on entend par discrimination à l’égard des femmes « … toute distinction, exclusion ou restriction fondée sur le sexe qui a pour effet ou pour but de compromettre ou détruire la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice par les femmes, quel que soit leur état matrimonial, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme, des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social, culturel et civil ou dans tout autre domaine.
En reconnaissant la Convention, les Etats s’engagent à rendre une série de mesures pour mettre fin à toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Ces mesures consistent notamment à :
Inscrire dans leur système juridique le principe de l’égalité des hommes et les femmes, abroger toutes les lois discriminatoires et adopter des lois interdisant toute discrimination à l’égard des femmes ;
Etablir des tribunaux et d’autres institutions publiques pour garantir la protection effective des femmes contre la discrimination :
Assurer l’élimination de tous les actes de discrimination à l’égard des femmes commis par des personnes, des organisations ou des entreprises.
Les cinq conférences mondiales sur les femmes organisées par les Nations Unies, en un quart de siècle, ont été le moyen de placer la question de l’égalité entre les sexes au cœur de l’agenda mondial. Elles ont permis de grouper la communauté internationale, autour d’un ensemble d’objectifs communs, assorti d’un plan d’action effectif pour la promotion générale des femmes dans toutes les sphères de la vie publique et privée.
Le sommet de Beijing
En 1995, du 4 au 15 septembre, des milliers d’hommes et de femmes se sont rassemblés à Beijing (Chine) pour la quatrième Conférence mondiale sur les femmes. Les participants ont examiné comment la vie des femmes a changé au cours de la dernière décennie et quelles nouvelles mesures prendre pour faire en sorte que les questions qui intéressent les femmes restent au premier plan des préoccupations de la communauté internationale.Cette Conférence a permis l'adoption, par tous les participants, d' un Programme d’action visant à créer des conditions qui permettront aux femmes de réaliser au maximum leur potentiel dès l’enfance, et de concrétiser tout ce qu’elles peuvent apporter à l’édification d’un monde meilleur pour tous.
Ce Programme d’action trace, entre autres, les lignes à suivre pour donner plus de pouvoir aux femmes. Il vise à accélérer l’application des stratégies prospectives de Nairobi pour la promotion de la femme (1985) et à éliminer tous les obstacles qui empêchent les femmes de jouer un rôle actif dans tous les domaines de la vie publique et privée en participant pleinement, et sur un pied d’égalité, à la prise de décisions dans les domaines économique, social, culturel et politique. Il repose, donc, sur le principe du partage des pouvoirs et des responsabilités entre hommes et femmes dans les foyers, sur les lieux de travail et, plus largement, au sein des communautés nationales et internationales.
Le Programme d’action est établi en pleine conformité avec les buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies et du droit international. Il est reconnu que l’élaboration et la mise en application de stratégies, politiques, programmes et initiatives dans tous les domaines visés relèvent de la responsabilité de chaque pays, agissant dans le strict respect des valeurs religieuses et éthiques, du patrimoine culturel et des convictions philosophiques de tous, et en concordance avec tous les droits universels de l’homme et des libertés fondamentales.
Le Programme d’action réaffirme le principe fondamental énoncé dans la Déclaration et le Programme d’action de Vienne adoptés par la Conférence mondiale sur les droits de l’homme en 1993, selon lequel les droits fondamentaux des femmes et des fillettes font inaliénablement, intégralement et indissociablement parties des droits universels de la personne.
L’égalité des femmes et des hommes relève des droits de l’homme et c’est une condition de justice sociale; c’est aussi un préalable essentiel au développement et à la paix. Pour relever les défis du XXIè siècle et parvenir à un développement durable au service de l'individu, il est indispensable de créer un nouveau partenariat, fondé sur l’égalité des femmes et des hommes.
La fin de la guerre froide a bouleversé le panorama international et atténué la rivalité entre les superpuissances. La menace de conflit armé à l’échelon planétaire a diminué, tandis que les relations internationales s’améliorent et que s’ouvrent de nouvelles perspectives de paix entre les nations. Malheureusement, les guerres d’agression, les conflits armés, les guerres civiles, le terrorisme et la violence extrémiste continuent à dévaster de nombreuses régions du monde. Et les femmes et les enfants en sont toujours les principales victimes : meurtres, tortures, viols et combien d'autres graves violations des droits fondamentaux de la femme.
Lors de la Conférence de Beijing, les gouvernements ont pris également pris des engagements pour s’assurer que la vie quotidienne des femmes soit plus explicitement visée par les processus de planification et de prise de décisions politiques. Les organisations non gouvernementales, pour leur part, ont adopté des méthodes de travail plus sophistiqués en faveur du renforcement des droits des femmes et de la parité dans le domaine de la prise de décisions à tous les niveaux.
L’Assemblée générale des Nations Unies a demandé à tous les Etats, au système des Nations Unies et aux autres organisations internationales, aux ONG et au secteur privé, de prendre des mesures pour appliquer les recommandations adoptées à Beijing. Les mécanismes qui ont été établis pour promouvoir le statut de la femme des politiques sur l’ensemble des institutions et programmes des Nations Unies ont été renforcés.
Au sein des Nations Unies, le Secrétaire général désigna un fonctionnaire de haut rang pour servir de conseiller spécial sur les questions sexospécifiques. L’organisation se vit également confier un rôle central, celui de superviser le programme.
L’Assemblée générale des Nations Unies s’est réunie, en session extraordinaire à New York du 5 au 9 juin 2000, pour examiner, 5 ans après, le Programme d’action de Beijing. Cette session extraordinaire a eu pour thème : Les femmes en l’an 2000 : égalité entre les sexes, développement et paix pour le XXIè siècle s’est concentrée sur des exemples de bonnes pratiques, d’actions positives, d’expériences acquises et de défis majeurs qui demeurent encore.
Il résulte que, certes, beaucoup de progrès ont été réalisés dans l’application des 12 domaines critiques identifiés dans le Programme d’action de Beijing. Néanmoins de nombreux obstacles restent encore à surmonter, notamment dans les domaines suivants :
1. Femmes et pauvreté :
Les inégalités des revenus, le chômage et la féminisation de la pauvreté, particulièrement les femmes rurales, contribuent à creuser l’écart entre les hommes et les femmes. Le lourd fardeau de la dette, les dépenses militaires et les faibles niveaux d’aide au développement sapent les efforts nationaux de développement.
2. Education et formation des femmes :
Les efforts en vue de mettre fin à l’illettrisme des femmes et améliorer l’accès des filles à tous les niveaux et à tous les types d’éducation ont été limités par : le manque de ressources, la persistance des préjugés et de la discrimination contre les femmes, et par les stéréotypes portant sur les activités des femmes qui persistent dans les écoles et les communautés.
3. Les femmes et la santé :
Les progrès ont été réduits faute d’une approche globale de la santé des femmes et des filles durant toute la durée de leur vie. La faiblesse des ressources humaines et financières, l’infrastructure et la fourniture de services demeurent inadéquates dans de nombreux pays en développement..
4. La violence à l’égard des femmes :
Une mauvaise compréhension des causes de la violence à l’égard des femmes et des données inadéquates sur les diverses formes de violence sapent les efforts accomplis. Les attitudes et les valeurs socioculturelles renforcent la position subordonnée des femmes dans la société.
5. Les femmes et les conflits armés :
L’absence de femmes à tous les niveaux de décisions relatives au maintien et à la construction de la paix , à la réconciliation et à la reconstruction après un conflit présente de sérieux obstacles. Les changements dans la natures des conflits, marqués par la prise de civils pour cible et l’intervention d’acteurs non gouvernementaux, ont eu des effets néfastes sur les femmes et les filles.
6. Les femmes et l’économie :
Les bénéfices de l’économie mondialisée croissante ont été mal répartis, ce qui a augmenté les disparités économiques, généré des environnements de travail peu sûr et la persistance de l’inégalité entre les sexes dans l’économie informelle et le secteur rural. Peu de pays ont pris des mesures légales pour favoriser l’accès des femmes à la propriété de la terre et des autres biens. L’échec à reconnaître que les femmes ont un rôle à la fois productif et reproductif fait peser de plus grandes responsabilités sur les femmes, ainsi q’une plus lourde charge de travail non rémunéré.
7. Les femmes, le pouvoir et le processus de prise de décision :
Un écart subsiste entre l’égalité de droit et de fait. Les rôles traditionnellement assignés aux femmes restreignent leurs choix dans l’éducation et leur carrière et les poussent à assumer des responsabilités domestiques.
8. Les mécanismes institutionnels pour la promotion de la femme :
Le manque de ressources humaines et financières reste le principal obstacle aux mécanismes nationaux, auquel s’ajoutent la mauvaise compréhension de l’égalité entre les sexes et de l’intégration des perspectives sexospécifiques, les stéréotypes dominants et les attitudes discriminatoires, les priorités conflictuelles des gouvernements et la liaison insuffisante avec la société civile.
9. Les femmes et les droits de la personne humaine :
Il existe encore des lois discriminatoires. En outre, le code pénal etle code de la famille ne sont pas encore complètement sensibilisés aux questions relatives aux sexes. De nombreux écarts entre les lois et les règlements perpétuent la discrimination et l’inégalité de droit et de fait.
10. Les femmes et les medias
Les femmes sont trop peu nombreuses à occuper des postes décisionnaires pour avoir une influence sur la politique des médias. Les images négatives de femmes, les représentations stéréotypées et la pornographie ont augmenté dans certains endroits et certains journalistes conservent des préjugés à l’encontre des femmes. Le secteur des technologies de l’information et de la communication est fondé sur des normes masculines.
11. Les femmes et l’environnement :La prise de conscience du public des questions environnementales et des bénéfices à retirer de l’égalité entre les sexes pour la promotion de l’environnement fait encore défaut. Les politiques et les programmes pour l’environnement ne tiennent pas toujours compte des questions de sexospécificité et ne rendent pas compte du rôle et des contributions des femmes à la durabilité de l’environnement.
12. Les filles :
Les attitudes traditionnelles discriminatoires à l’égard des femmes et des filles et une conscience inadéquate de la situation des filles, notamment du fait que les responsabilités domestiques les empêchent souvent de poursuivre leur éducation, contribuent à diminuer les opportunités qu’ont les filles de devenir autosuffisantes et indépendantes.
La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes
La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, adoptée en 1979 par l’Assemblée générale des Nations Unies est souvent présentée comme une déclaration internationale des droits des femmes. En un préambule et 30 articles, elle donne une définition de la discrimination à l’égard des femmes et établit un programme national d’action visant à mettre un terme à cette discrimination.
Selon la Convention, on entend par discrimination à l’égard des femmes « … toute distinction, exclusion ou restriction fondée sur le sexe qui a pour effet ou pour but de compromettre ou détruire la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice par les femmes, quel que soit leur état matrimonial, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme, des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social, culturel et civil ou dans tout autre domaine.
En reconnaissant la Convention, les Etats s’engagent à rendre une série de mesures pour mettre fin à toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Ces mesures consistent notamment à :
Inscrire dans leur système juridique le principe de l’égalité des hommes et les femmes, abroger toutes les lois discriminatoires et adopter des lois interdisant toute discrimination à l’égard des femmes ;
Etablir des tribunaux et d’autres institutions publiques pour garantir la protection effective des femmes contre la discrimination :
Assurer l’élimination de tous les actes de discrimination à l’égard des femmes commis par des personnes, des organisations ou des entreprises.
FEMMES
Les femmes de réconfort (en japonais : 慰安婦 Ian-fu) furent des femmes, en majorité asiatiques, contraintes de se prostituer pour l'armée impériale japonaise et la marine impériale japonaise durant la Seconde Guerre mondiale.
À la suite du massacre de Nankin en 1937 et du tollé international qui s'en suivit, le quartier-général impérial entreprit de mettre en œuvre une façon de limiter les tensions causées par les viols, extrêmement nombreux, commis par les soldats showa dans les territoires conquis.
L'objectif était également de maintenir le moral des troupes et de les protéger des maladies vénériennes (en imposant l'usage du préservatif dans les maisons closes). Pour atteindre ce but, il fallait donc s'assurer en permanence de la disponibilité d'un nombre suffisant de prostituées.
Sous l'ordre de Hajime Sugiyama, ministre de l'Armée, et du prince Kotohito Kan'in, chef d'état-major et grand-oncle de Hirohito, l'Armée procéda à l'implantation en zone occupée de centres de délassement ou maisons de confort (en réalité des maisons closes à ne pas confondre avec les BMC français (bordel militaire de campagne) similaires à ceux mis en place en 1932 lors de la campagne de Shanghai par le général Yasuji Okamura. Selon les travaux de l'historien Zhiliang Su, au moins 149 maisons furent établies dans cette ville.
Elles étaient dirigées soit par l'armée ou la marine, soit par les gouvernements locaux ou encore par des particuliers.
Les dirigeants touchaient une part sur le prix des passes. Assez souvent les femmes ne recevaient rien, bien qu'une rémunération soit prévue par les règlements de l'armée japonaise. Ces règlements interdisaient aussi les armes et l'alcool.
Les dirigeants japonais avaient fixé des règles de fonctionnement, comme les heures d'ouverture (de 9h à minuit, tous les jours de la semaine), les jours de repos (2 jours par mois lors des menstruations), les désinfections des chambres, les visites médicales ou encore le traitement des femmes atteintes de maladies vénériennes (traitement qui dans la pratique consistait à les abandonner ou à les tuer).
Les femmes "recrutées" étaient généralement jeunes et célibataires. La majorité d'entre elles provenant au départ de Corée, de Tai Wan et de Chine. L'Armée était réticente à employer des japonaises en raison de rôle de "reproductrice" qui leur était dévolu par la politique impériale.
De faux recrutements de serveuses ou d'ouvrières furent organisés, afin d'enrôler de nouvelles femmes. La tromperie ne suffisant pas, des enlèvements furent organisés (voir plus bas). Des Japonaises furent également trompées, par l'intermédiaire de la création du Corps des femmes volontaires, officiellement destiné à assurer la main-d'œuvre des usines. La police militaire (Kempeitai) assurait le recrutement en forçant généralement les chefs de village des territoires occupés à regroupre toutes les jeunes femmes et poursuivait les jeunes femmes désignées volontaires qui s'échappaient.
Les travaux de Yoshiaki Yoshimi, professeur à l'université Chûô, montrent la forte implication des administrations japonaises, non seulement celles de l'armée et de la Kôa-in, mais aussi celles des ministères de l'Intérieur, du Travail et des Finances. Ils établissent après analyse des documents de l'armée shōwa, que celle-ci avait constitué de 1938 à 1945 environ 2000 maisons de confort, dont notamment un centre de délassement de 1 000 femmes pour une armée de 100 000 hommes, en avril 1939, à Kwandong en Chine. Yoshimi a entre autres retrouvé une direcive du 4 mars 1938 transmise par l'adjudant des chefs d'état-major de l'armée de Chine du nord et du corps expéditionnaire de Chine intitulée "Concernant le recrutement des femmes pour les maisons de comfort militaires", déclarant que "les armées sur le terrain contrôleront le recrutement des femmes».
Selon Yoshimi, les femmes provenaient de l'ensemble des territoires conquis comme les Philippines, l'Indochine, la Birmanie les Indes néerlandaises et Singapour mais en majorité de la Corée et de la Chine. Certaines d'entre elles furent donc des prisonnières d'origine australienne ou néerlandaise.
Pour l'historien Ikuhito Hata, professeur à l'université Nihon et l'une des figures de proue de l'organisation de censure Tsukurukai, l'administration collaborationniste coréenne a été la principale responsable du recrutement trompeur de jeunes filles.
Pour le nombre des femmes, plusieurs estimations ont été faites :
Yoshiaki Yoshimi a estimé leur nombre à au plus 200 000 au total ;
La Korean Central News Agency propose le chiffre de 200 000 pour les seules Coréennes.
Selon Ikuhiko Hata, le nombre total des femmes de réconfort était 20 000 (40 % de Japonaises, 20 % de Coréennes, 10 % de Chinoises, le restant étant composé de Taïwanaises, Indonésiennes, Vietnamiennes, et Philippines).
Concernant les conditions de vie, il y a plusieurs témoignages différents. Selon quelques anciennes femmes de réconfort, bien que les dirigeants japonais aient fixé des règles, leur priorité n'était bien évidemment pas la santé et les conditions de vie des femmes, mais celles des soldats japonais.
Elles décrivent donc des conditions de vie assimilables à l'esclavage : elles appartenaient à leurs maisons closes. Elles devaient pratiquer l'abattage, c'est-à-dire satisfaire jusqu'à 70 clients par jour. Elles étaient souvent battues, torturées ou même mutilées par les soldats. Certaines d'entre elles étaient même exécutées purement et simplement parce que le soldat n'était pas satisfait. Certaines qui ont essayé de s'échapper ont été battues, parfois à mort. On peut rapprocher ces traitements de ceux présentés dans le film Le Pont de la rivière Kwaï.
L'une des victimes d'origine coréenne confia aux enquêteurs internationaux avoir maintes fois craint pour sa vie. «J'ai été presqu'assassinée à plusieurs reprises pendant mon séjour comme "femme de réconfort". Il y avait des soldats qui étaient saoûls et qui brandissaient leurs sabres vers moi pendant qu'ils me faisaient leurs demandes de perversions sexuelles...Les menaces qu'ils faisaient étaient explicites : Ils me tueraient si je ne coopérais pas.»
Selon le témoignage de quinze victimes d'un réseau de prostitution implanté en 1942 au Timor oriental par la marine impériale japonaise, les prostituées, dont certaines étaient prépubères, ont été forcées de travailler sans salaire, les vêtements et la nourriture devant même leur être fournis par leurs parents. Ces propos sont confirmés par divers témoins dont un ancien chef de village s'étant fait ordonner par des militaires de trouver des jeunes femmes pour ce type de réseau.
L'enlèvement des femmes par l'armée impériale est aujourd'hui un des aspects les plus sujets à débat dans l'histoire des femmes de réconfort. Le premier témoignage était celui de Yoshida Seiji (voir la rubrique La reconnaissance).
Des documents retrouvés dans les archives du Tribunal de Tokyo, rendus public lors des procès et retrouvés en 2007 par Yoshiaki Yoshimi et Hirofumi Hayashi, démontrent que des membres de la Tokeitai, la police militaire navale, ont enlevé des femmes en Chine, en Indochine et en Indonésie pour les forcer à passer un examen médical et les ont expédié ensuite dans des maisons de confort.
Le 12 mai 2007, le journaliste Taichiro Kaijimura a annoncé la découverte, dans les archives du gouvernement néerlandais, de trente documents officiels soumis au Tribunal de Tokyo comme preuve d'un incident de prostitution de masse à Magelang, Indonésie, en 1944. Selon le journaliste, ces documents démontrent de façon claire que les femmes ont été enlevées par l'armée shôwa et contraintes à la prostitution dans des maisons de confort.
Lors d'un témoignage sur son expérience au front, le vétéran de l'armée shôwa Yasuji Kaneko, a raconté que les femmes "pleuraient mais peu nous importait si elles vivaient ou mouraient. Nous étions les soldats de l'empereur. Que ce soit aux bordels militaires ou dans les villages, nous violions sans aucune réticence."
Par ailleurs, le 4 mars 1938, l'armée japonaise fit passer la circulaire, nommé Gun ian-jo jungyô-fu tô boshû ni kansuru ken (L'affaire concernant le recrutement des femmes de réconfort), demandant au chef d'état-major de faire attention aux proxénètes qui pratiquaient les enlèvements.
En 1982, un Japonais Yoshida Seiji a raconté dans une conférence son expérience de l'enlèvement des femmes. C'était le premier témoignage du côté japonais. L'année suivante, il a publié son ouvrage Watashi no sensô hanzai (Mon crime de guerre). C'est cet ouvrage qui a popularisé le problème des femmes de réconfort avec l'aide du journal Asahi Shimbun. Pourtant, en 1996, Yoshida a avoué que l'enlèvement raconté était une fiction, sans renier sa participation aux razzias de femmes coréennes.
C'est en 1991 que le scandale éclata véritablement, avec la demande d'une procédure judiciaire contre le Japon par une ancienne femme de réconfort, Kim Hak Sun. Depuis de nombreuses autres femmes ont porté plainte (ainsi que certains pays comme la Corée du Sud). Cependant, comme indiqué dans la rubrique l'enlèvement des femmes, il y a beaucoup de contradictions dans leurs témoignages.
La publication en 1992 des travaux de l'historien Yoshiaki Yoshimi portant sur des documents saisis par les alliés en 1946 et entreposés à la bibliothèque du National Institute for Defense studies de Tokyo établit finalement un lien tangible entre l'armée shōwa et les maisons de confort.
Le contenu de ces travaux fut rapporté par certains médias japonais le 12 janvier 1993. En réaction, le gouvernement japonais reconnu le jour même, par l'entremise de Kato Koichi, l'implication de l'armée shōwa dans l'implantation des maisons de confort. Le 17, ce fut au tour du premier ministre Ki'ichi Miyazawa de s'excuser lors d'un voyage en Corée du Sud. Le gouvernement procéda ensuite à certaines auditions et émit le 4 août 1993 une déclaration par laquelle il reconnaissait entre autre que l'armée shōwa était « directement ou indirectement impliquée » dans l'implantation et la gestion des maisons de confort et que les femmes étaient recrutées « dans bien des cas contre leur gré ».
Le 1 mars 2007, le premier ministre Shinzo Abe, se prononçant sur le projet de résolution d'appui aux victimes présenté au Congrès américain, a nié l'implication de l'armée shôwa dans l'enlèvement physique des femmes en déclarant «Le fait est qu'il n'y a pas de preuve qu'il y avait eu usage de contrainte». Le député Nariaki Nakayama a quant à lui fait valoir qu'on « peut comparer ces bordels à des cafétérias dirigées par des compagnies privées qui recrutent leurs propres employés, offrent la nourriture et fixent leurs prix. Mais affirmer que les femmes ont été contraintes par les militaires japonais en service est à côté de la coche. Ce dossier doit être reconsidéré, pour le bien de l'honneur du Japon. ».
Le 17 avril 2007, les historiens Hirofumi Hayashi et Yoshiaki Yoshimi déclarèrent avoir trouvé dans les archives du Tribunal de Tokyo sept documents relatifs à des témoignages de membres de la la marine shōwa confessant avoir arrêté des civiles indonésiennes sous de faux prétextes ou se référant à des membres de la Tokeitai ayant enlevé des chinoises, des indonésiennes et des hollandaises pour en faire des esclaves sexuelles.
Le 26 juin 2007, le Comité des Affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-unis a adopté une résolution demandant entre autres au Japon de "reconnaître formellement, de s'excuser et d'accepter sa responsabilité historique d'une façon claire et sans équivoque pour la contrainte employée par ses militaires afin de forcer des femmes à l'esclavage sexuel pendant la guerre."
En 1996, une juriste sri lankaise, Radhika Coomaraswamy, a présenté son rapport sur l'esclavage militaire pendant la guerre à la Commission des droits de l'homme des Nations Unies. Deux ans après, une rapporteuse spéciale américaine, Gay McDougal, a présenté son rapport à propos des femmes de réconfort (étant l'annexe et son rapport principal est sur le viol en Yougoslavie) qui recommande au Japon de :
reconnaître pleinement sa responsabilité dans l'instauration du système de réconfort et reconnaître que ce système violait le droit international ;
présenter des excuses complètes et honnêtes, en assumant sa responsabilité légale et en offrant des garanties pour que ces crimes ne se répètent jamais ;
Indemniser, par l'entremise du gouvernement, les victimes et les survivantes et celles qui ont droit à une indemnisation par suite des violations déclarées aux présentes, avec des montants suffisants pour réparer le tort causé et empêcher qu'il se reproduise ;
mettre en place un mécanisme d'enquête rigoureux sur le système d'esclavage sexuel militaire, rendre ce mécanisme accessible à la population et assurer la préservation historique de la documentation ;
envisager, en consultation avec les survivantes, l'établissement d'une Commission de la vérité et de la réconciliation qui créera un dossier historique des crimes sexospécifiques commis pendant la guerre, la période de transition et l'occupation ;
reconnaître les victimes et les survivantes et leur rendre hommage par la création de monuments commémoratifs, d'un musée et d'une bibliothèque consacrés à leur mémoire et par la promesse que de tels crimes ne se produiront jamais plus ;
créer des projets éducatifs, tant formels qu'informels, comme l'inclusion de ce chapitre de l'histoire dans des manuels à tous les niveaux et l'appui aux universitaires et aux écrivains pour leur permettre d'informer la population, en particulier les jeunes et les générations futures, sur les violations commises et les souffrances subies ;
appuyer des initiatives de formation en matière de relation entre le système d'esclavage militaire et l'inégalité des sexes, et des préalables nécessaires pour assurer l'égalité des sexes et le respect de l'égalité pour les peuples de la région ;
rapatrier les survivantes qui souhaitent l'être ;
rendre publics tous les documents et autre matériel en sa possession au sujet des postes de réconfort ;
identifier et juger les principaux responsables de l'établissement et du recrutement des postes de réconfort ;
retrouver et rendre aux familles ou aux personnes proches qui le souhaitent les restes des femmes mortes pendant cette période.
Ces deux rapports n'ont pas été adoptés par l'ONU.
C'est le tribunal international des femmes pour la répression des crimes de guerre qui a véritablement fait avancer les choses sur le plan international.
Ce tribunal fut mis en place principalement par des groupes de féministes et d'ONG. Il se déroula du 8 au 12 décembre 2000 à Tōkyō. Il avait pour but de traiter de la condition des femmes durant les conflits et de faire reconnaître le viol comme un crime contre l'humanité. À cette occasion, de nombreux témoins et victimes ont pu témoigner, et des preuves ont été présentées. Le cas des femmes de réconfort fut une partie importante du procès. Les conclusions du Tribunal reconnaissent l'empereur Shōwa (Hirohito) comme l'un des principaux responsables de l'établissement de ces maisons closes, et demandent au Japon de reconnaître et de faire des excuses aux victimes publiquement. Cependant, malgré son nom, le Tribunal n'a aucune validité.
Le Tribunal recommande de plus que les anciennes nations alliées :
rendent immédiatement publics tous les dossiers militaires et gouvernementaux sur l'établissement et le fonctionnement du système de réconfort ainsi que les raisons pour lesquelles ces crimes n'ont pas été jugés par le Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient (TMIEO) ;
rendent immédiatement publics tous les dossiers militaires et gouvernementaux sur l'impunité de l'empereur Shōwa devant le TMIEO ;
reconnaissent le fait qu'elles-mêmes n'ont entrepris ni enquête, ni poursuite contre les crimes commis contre les anciennes femmes de réconfort dans le cadre des procès intentés après la guerre et depuis les 55 dernières années.
Le Tribunal recommande en outre que les Nations unies et tous les États qui en sont membres :
Prennent toutes les mesures nécessaires pour faire en sorte que le gouvernement du Japon accorde pleine et entière réparation aux victimes, aux survivantes et à celle qui ont droit à l'indemnisation suite aux violations commises contre elles.
demandent l'opinion de la Cour Internationale de Justice quant à l'illégalité des anciens postes de réconfort et à la responsabilité du gouvernement du Japon dans ce dossier.
Quoique ces conclusions soient appréciées par les féministes et quelques médias, les conservateurs les critiquent en raison de leur injustice. Les accusés n'y étaient ni présents (tous morts), ni défendus. Les opposants au Tribunal n'ont pas pu assister à une audience. De plus, les preuves et les documents n'ont pas été objectivement vérifiés. C'est pourquoi, d'après les opposants, cela n'a été qu'une réunion.
À la suite du massacre de Nankin en 1937 et du tollé international qui s'en suivit, le quartier-général impérial entreprit de mettre en œuvre une façon de limiter les tensions causées par les viols, extrêmement nombreux, commis par les soldats showa dans les territoires conquis.
L'objectif était également de maintenir le moral des troupes et de les protéger des maladies vénériennes (en imposant l'usage du préservatif dans les maisons closes). Pour atteindre ce but, il fallait donc s'assurer en permanence de la disponibilité d'un nombre suffisant de prostituées.
Sous l'ordre de Hajime Sugiyama, ministre de l'Armée, et du prince Kotohito Kan'in, chef d'état-major et grand-oncle de Hirohito, l'Armée procéda à l'implantation en zone occupée de centres de délassement ou maisons de confort (en réalité des maisons closes à ne pas confondre avec les BMC français (bordel militaire de campagne) similaires à ceux mis en place en 1932 lors de la campagne de Shanghai par le général Yasuji Okamura. Selon les travaux de l'historien Zhiliang Su, au moins 149 maisons furent établies dans cette ville.
Elles étaient dirigées soit par l'armée ou la marine, soit par les gouvernements locaux ou encore par des particuliers.
Les dirigeants touchaient une part sur le prix des passes. Assez souvent les femmes ne recevaient rien, bien qu'une rémunération soit prévue par les règlements de l'armée japonaise. Ces règlements interdisaient aussi les armes et l'alcool.
Les dirigeants japonais avaient fixé des règles de fonctionnement, comme les heures d'ouverture (de 9h à minuit, tous les jours de la semaine), les jours de repos (2 jours par mois lors des menstruations), les désinfections des chambres, les visites médicales ou encore le traitement des femmes atteintes de maladies vénériennes (traitement qui dans la pratique consistait à les abandonner ou à les tuer).
Les femmes "recrutées" étaient généralement jeunes et célibataires. La majorité d'entre elles provenant au départ de Corée, de Tai Wan et de Chine. L'Armée était réticente à employer des japonaises en raison de rôle de "reproductrice" qui leur était dévolu par la politique impériale.
De faux recrutements de serveuses ou d'ouvrières furent organisés, afin d'enrôler de nouvelles femmes. La tromperie ne suffisant pas, des enlèvements furent organisés (voir plus bas). Des Japonaises furent également trompées, par l'intermédiaire de la création du Corps des femmes volontaires, officiellement destiné à assurer la main-d'œuvre des usines. La police militaire (Kempeitai) assurait le recrutement en forçant généralement les chefs de village des territoires occupés à regroupre toutes les jeunes femmes et poursuivait les jeunes femmes désignées volontaires qui s'échappaient.
Les travaux de Yoshiaki Yoshimi, professeur à l'université Chûô, montrent la forte implication des administrations japonaises, non seulement celles de l'armée et de la Kôa-in, mais aussi celles des ministères de l'Intérieur, du Travail et des Finances. Ils établissent après analyse des documents de l'armée shōwa, que celle-ci avait constitué de 1938 à 1945 environ 2000 maisons de confort, dont notamment un centre de délassement de 1 000 femmes pour une armée de 100 000 hommes, en avril 1939, à Kwandong en Chine. Yoshimi a entre autres retrouvé une direcive du 4 mars 1938 transmise par l'adjudant des chefs d'état-major de l'armée de Chine du nord et du corps expéditionnaire de Chine intitulée "Concernant le recrutement des femmes pour les maisons de comfort militaires", déclarant que "les armées sur le terrain contrôleront le recrutement des femmes».
Selon Yoshimi, les femmes provenaient de l'ensemble des territoires conquis comme les Philippines, l'Indochine, la Birmanie les Indes néerlandaises et Singapour mais en majorité de la Corée et de la Chine. Certaines d'entre elles furent donc des prisonnières d'origine australienne ou néerlandaise.
Pour l'historien Ikuhito Hata, professeur à l'université Nihon et l'une des figures de proue de l'organisation de censure Tsukurukai, l'administration collaborationniste coréenne a été la principale responsable du recrutement trompeur de jeunes filles.
Pour le nombre des femmes, plusieurs estimations ont été faites :
Yoshiaki Yoshimi a estimé leur nombre à au plus 200 000 au total ;
La Korean Central News Agency propose le chiffre de 200 000 pour les seules Coréennes.
Selon Ikuhiko Hata, le nombre total des femmes de réconfort était 20 000 (40 % de Japonaises, 20 % de Coréennes, 10 % de Chinoises, le restant étant composé de Taïwanaises, Indonésiennes, Vietnamiennes, et Philippines).
Concernant les conditions de vie, il y a plusieurs témoignages différents. Selon quelques anciennes femmes de réconfort, bien que les dirigeants japonais aient fixé des règles, leur priorité n'était bien évidemment pas la santé et les conditions de vie des femmes, mais celles des soldats japonais.
Elles décrivent donc des conditions de vie assimilables à l'esclavage : elles appartenaient à leurs maisons closes. Elles devaient pratiquer l'abattage, c'est-à-dire satisfaire jusqu'à 70 clients par jour. Elles étaient souvent battues, torturées ou même mutilées par les soldats. Certaines d'entre elles étaient même exécutées purement et simplement parce que le soldat n'était pas satisfait. Certaines qui ont essayé de s'échapper ont été battues, parfois à mort. On peut rapprocher ces traitements de ceux présentés dans le film Le Pont de la rivière Kwaï.
L'une des victimes d'origine coréenne confia aux enquêteurs internationaux avoir maintes fois craint pour sa vie. «J'ai été presqu'assassinée à plusieurs reprises pendant mon séjour comme "femme de réconfort". Il y avait des soldats qui étaient saoûls et qui brandissaient leurs sabres vers moi pendant qu'ils me faisaient leurs demandes de perversions sexuelles...Les menaces qu'ils faisaient étaient explicites : Ils me tueraient si je ne coopérais pas.»
Selon le témoignage de quinze victimes d'un réseau de prostitution implanté en 1942 au Timor oriental par la marine impériale japonaise, les prostituées, dont certaines étaient prépubères, ont été forcées de travailler sans salaire, les vêtements et la nourriture devant même leur être fournis par leurs parents. Ces propos sont confirmés par divers témoins dont un ancien chef de village s'étant fait ordonner par des militaires de trouver des jeunes femmes pour ce type de réseau.
L'enlèvement des femmes par l'armée impériale est aujourd'hui un des aspects les plus sujets à débat dans l'histoire des femmes de réconfort. Le premier témoignage était celui de Yoshida Seiji (voir la rubrique La reconnaissance).
Des documents retrouvés dans les archives du Tribunal de Tokyo, rendus public lors des procès et retrouvés en 2007 par Yoshiaki Yoshimi et Hirofumi Hayashi, démontrent que des membres de la Tokeitai, la police militaire navale, ont enlevé des femmes en Chine, en Indochine et en Indonésie pour les forcer à passer un examen médical et les ont expédié ensuite dans des maisons de confort.
Le 12 mai 2007, le journaliste Taichiro Kaijimura a annoncé la découverte, dans les archives du gouvernement néerlandais, de trente documents officiels soumis au Tribunal de Tokyo comme preuve d'un incident de prostitution de masse à Magelang, Indonésie, en 1944. Selon le journaliste, ces documents démontrent de façon claire que les femmes ont été enlevées par l'armée shôwa et contraintes à la prostitution dans des maisons de confort.
Lors d'un témoignage sur son expérience au front, le vétéran de l'armée shôwa Yasuji Kaneko, a raconté que les femmes "pleuraient mais peu nous importait si elles vivaient ou mouraient. Nous étions les soldats de l'empereur. Que ce soit aux bordels militaires ou dans les villages, nous violions sans aucune réticence."
Par ailleurs, le 4 mars 1938, l'armée japonaise fit passer la circulaire, nommé Gun ian-jo jungyô-fu tô boshû ni kansuru ken (L'affaire concernant le recrutement des femmes de réconfort), demandant au chef d'état-major de faire attention aux proxénètes qui pratiquaient les enlèvements.
En 1982, un Japonais Yoshida Seiji a raconté dans une conférence son expérience de l'enlèvement des femmes. C'était le premier témoignage du côté japonais. L'année suivante, il a publié son ouvrage Watashi no sensô hanzai (Mon crime de guerre). C'est cet ouvrage qui a popularisé le problème des femmes de réconfort avec l'aide du journal Asahi Shimbun. Pourtant, en 1996, Yoshida a avoué que l'enlèvement raconté était une fiction, sans renier sa participation aux razzias de femmes coréennes.
C'est en 1991 que le scandale éclata véritablement, avec la demande d'une procédure judiciaire contre le Japon par une ancienne femme de réconfort, Kim Hak Sun. Depuis de nombreuses autres femmes ont porté plainte (ainsi que certains pays comme la Corée du Sud). Cependant, comme indiqué dans la rubrique l'enlèvement des femmes, il y a beaucoup de contradictions dans leurs témoignages.
La publication en 1992 des travaux de l'historien Yoshiaki Yoshimi portant sur des documents saisis par les alliés en 1946 et entreposés à la bibliothèque du National Institute for Defense studies de Tokyo établit finalement un lien tangible entre l'armée shōwa et les maisons de confort.
Le contenu de ces travaux fut rapporté par certains médias japonais le 12 janvier 1993. En réaction, le gouvernement japonais reconnu le jour même, par l'entremise de Kato Koichi, l'implication de l'armée shōwa dans l'implantation des maisons de confort. Le 17, ce fut au tour du premier ministre Ki'ichi Miyazawa de s'excuser lors d'un voyage en Corée du Sud. Le gouvernement procéda ensuite à certaines auditions et émit le 4 août 1993 une déclaration par laquelle il reconnaissait entre autre que l'armée shōwa était « directement ou indirectement impliquée » dans l'implantation et la gestion des maisons de confort et que les femmes étaient recrutées « dans bien des cas contre leur gré ».
Le 1 mars 2007, le premier ministre Shinzo Abe, se prononçant sur le projet de résolution d'appui aux victimes présenté au Congrès américain, a nié l'implication de l'armée shôwa dans l'enlèvement physique des femmes en déclarant «Le fait est qu'il n'y a pas de preuve qu'il y avait eu usage de contrainte». Le député Nariaki Nakayama a quant à lui fait valoir qu'on « peut comparer ces bordels à des cafétérias dirigées par des compagnies privées qui recrutent leurs propres employés, offrent la nourriture et fixent leurs prix. Mais affirmer que les femmes ont été contraintes par les militaires japonais en service est à côté de la coche. Ce dossier doit être reconsidéré, pour le bien de l'honneur du Japon. ».
Le 17 avril 2007, les historiens Hirofumi Hayashi et Yoshiaki Yoshimi déclarèrent avoir trouvé dans les archives du Tribunal de Tokyo sept documents relatifs à des témoignages de membres de la la marine shōwa confessant avoir arrêté des civiles indonésiennes sous de faux prétextes ou se référant à des membres de la Tokeitai ayant enlevé des chinoises, des indonésiennes et des hollandaises pour en faire des esclaves sexuelles.
Le 26 juin 2007, le Comité des Affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-unis a adopté une résolution demandant entre autres au Japon de "reconnaître formellement, de s'excuser et d'accepter sa responsabilité historique d'une façon claire et sans équivoque pour la contrainte employée par ses militaires afin de forcer des femmes à l'esclavage sexuel pendant la guerre."
En 1996, une juriste sri lankaise, Radhika Coomaraswamy, a présenté son rapport sur l'esclavage militaire pendant la guerre à la Commission des droits de l'homme des Nations Unies. Deux ans après, une rapporteuse spéciale américaine, Gay McDougal, a présenté son rapport à propos des femmes de réconfort (étant l'annexe et son rapport principal est sur le viol en Yougoslavie) qui recommande au Japon de :
reconnaître pleinement sa responsabilité dans l'instauration du système de réconfort et reconnaître que ce système violait le droit international ;
présenter des excuses complètes et honnêtes, en assumant sa responsabilité légale et en offrant des garanties pour que ces crimes ne se répètent jamais ;
Indemniser, par l'entremise du gouvernement, les victimes et les survivantes et celles qui ont droit à une indemnisation par suite des violations déclarées aux présentes, avec des montants suffisants pour réparer le tort causé et empêcher qu'il se reproduise ;
mettre en place un mécanisme d'enquête rigoureux sur le système d'esclavage sexuel militaire, rendre ce mécanisme accessible à la population et assurer la préservation historique de la documentation ;
envisager, en consultation avec les survivantes, l'établissement d'une Commission de la vérité et de la réconciliation qui créera un dossier historique des crimes sexospécifiques commis pendant la guerre, la période de transition et l'occupation ;
reconnaître les victimes et les survivantes et leur rendre hommage par la création de monuments commémoratifs, d'un musée et d'une bibliothèque consacrés à leur mémoire et par la promesse que de tels crimes ne se produiront jamais plus ;
créer des projets éducatifs, tant formels qu'informels, comme l'inclusion de ce chapitre de l'histoire dans des manuels à tous les niveaux et l'appui aux universitaires et aux écrivains pour leur permettre d'informer la population, en particulier les jeunes et les générations futures, sur les violations commises et les souffrances subies ;
appuyer des initiatives de formation en matière de relation entre le système d'esclavage militaire et l'inégalité des sexes, et des préalables nécessaires pour assurer l'égalité des sexes et le respect de l'égalité pour les peuples de la région ;
rapatrier les survivantes qui souhaitent l'être ;
rendre publics tous les documents et autre matériel en sa possession au sujet des postes de réconfort ;
identifier et juger les principaux responsables de l'établissement et du recrutement des postes de réconfort ;
retrouver et rendre aux familles ou aux personnes proches qui le souhaitent les restes des femmes mortes pendant cette période.
Ces deux rapports n'ont pas été adoptés par l'ONU.
C'est le tribunal international des femmes pour la répression des crimes de guerre qui a véritablement fait avancer les choses sur le plan international.
Ce tribunal fut mis en place principalement par des groupes de féministes et d'ONG. Il se déroula du 8 au 12 décembre 2000 à Tōkyō. Il avait pour but de traiter de la condition des femmes durant les conflits et de faire reconnaître le viol comme un crime contre l'humanité. À cette occasion, de nombreux témoins et victimes ont pu témoigner, et des preuves ont été présentées. Le cas des femmes de réconfort fut une partie importante du procès. Les conclusions du Tribunal reconnaissent l'empereur Shōwa (Hirohito) comme l'un des principaux responsables de l'établissement de ces maisons closes, et demandent au Japon de reconnaître et de faire des excuses aux victimes publiquement. Cependant, malgré son nom, le Tribunal n'a aucune validité.
Le Tribunal recommande de plus que les anciennes nations alliées :
rendent immédiatement publics tous les dossiers militaires et gouvernementaux sur l'établissement et le fonctionnement du système de réconfort ainsi que les raisons pour lesquelles ces crimes n'ont pas été jugés par le Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient (TMIEO) ;
rendent immédiatement publics tous les dossiers militaires et gouvernementaux sur l'impunité de l'empereur Shōwa devant le TMIEO ;
reconnaissent le fait qu'elles-mêmes n'ont entrepris ni enquête, ni poursuite contre les crimes commis contre les anciennes femmes de réconfort dans le cadre des procès intentés après la guerre et depuis les 55 dernières années.
Le Tribunal recommande en outre que les Nations unies et tous les États qui en sont membres :
Prennent toutes les mesures nécessaires pour faire en sorte que le gouvernement du Japon accorde pleine et entière réparation aux victimes, aux survivantes et à celle qui ont droit à l'indemnisation suite aux violations commises contre elles.
demandent l'opinion de la Cour Internationale de Justice quant à l'illégalité des anciens postes de réconfort et à la responsabilité du gouvernement du Japon dans ce dossier.
Quoique ces conclusions soient appréciées par les féministes et quelques médias, les conservateurs les critiquent en raison de leur injustice. Les accusés n'y étaient ni présents (tous morts), ni défendus. Les opposants au Tribunal n'ont pas pu assister à une audience. De plus, les preuves et les documents n'ont pas été objectivement vérifiés. C'est pourquoi, d'après les opposants, cela n'a été qu'une réunion.
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